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L’argent était une source fréquente de bagarres dans mon enfance entre mon père et ma mère alcoolique et accro aux jeux. Ma mère criait toujours après mon père pour de l’argent et le frappait et il se précipitait ensuite hors de la maison en colère quelques heures pour chercher de l’argent et se calmer et me laissait seule avec ma mère. Je m’enfuyais tout simplement dans ma chambre pour l’éviter. J’avais vite appris comment faire pression sur mon père de façon semblable en l’ignorant jusqu'à ce qu’il m’achète le jouet que je voulais.


Ces arguments m'ont inculqué une peur irrationnelle autour de l’emprunt d’argent (que je qualifierai de « débitophobie »). La colère de ma mère m’avait aussi apprit à obéir de manière docile pour éviter de la provoquer, une habitude qui m’a ensuite rendu difficile la tâche d’affirmer mes limites avec les autres.


Au début de mes années à une école secondaire dans une ville différente, je commençais à comprendre comment mon père souffrait et j’avais donc arrêté de lui faire m’acheter des choses inutiles. J'avais réussi à économiser de l'argent en travaillant dans un restaurant les week-ends et les jours fériés, mais je devais quitter cet emploi lorsque mes parents avaient de nouveau été transférés dans une autre province. Au cours de ma dernière année du secondaire, au chômage, angoissée par les menaces de ma mère de me chasser de la maison après que j’obtienne mon diplôme et désireuse de partir, j’avais eu la chance d’avoir trouvé un emploi à un hôtel à la suite de mes études. Ma mère m'avait permis de rester aussi longtemps que je payais le loyer. Bien que payer le loyer ne me dérangeait pas, je ne tolérais toujours pas les bagarres incessantes entre mes parents et je voulais vivre aussi loin que possible de ceux-ci. Une fois que j’avais économisé suffisamment, j’avais déménagé dans une autre ville pour me trouver du travail.


J'avais peur d'emprunter de l'argent et j'avais donc vécu seule tout en essayant d'épargner pour l'université, ce qui m’avait également permis de réfléchir à ce que je voudrais étudier comme alternatif à l'éducation, et je me penchais vers le commerce. L’économie s’était avérée difficile parce que j’avais quitté mes parents dans une récession tout de suite après avoir obtenu mon diplôme du secondaire et faisais face à des dépenses et des difficultés inattendues.


Un de mes premiers employeurs me payait sous la table légèrement au-dessous du salaire minimum durant ma formation. Son manque de respect pour la loi m’irritait du fait qu'il bénéficiait injustement du travail que j'aurais pu faire pour un employeur plus respectueux de la loi s'il n'y avait pas eu de loi sur le salaire minimum, mais j'avais néanmoins accepté son offre beaucoup plus généreuse que l’aide sociale n’aurait jamais pu m’offrir et qui m’apportait plus d’expérience de travail aussi. Mon frère lui aussi commença par travailler illégalement sous le salaire minimum.


Le salaire minimum de fait n’est jamais celui que la loi proclame mais toujours l’assistance sociale. Par quelle logique pouvons-nous croire qu’un chômeur signalerait aux autorités un employeur qui paye moins que le salaire minimum si cet employeur offre un salaire plus généreux que l’assistance sociale ? Ce chômeur n’a peut-être pas beaucoup d’éducation formelle, mais n'insistons pas pour autant contre son intelligence de base.


Je pense que le simple accroissement des fonds alloués à l'enseignement obligatoire universel, plus de libre échange (pour permettre plus d’économies d’échelles et donc une réductions de prix de produits) et peut-être le paritarisme dans les grandes entreprises peut faire beaucoup plus que la législation sur le salaire minimum pour aider les travailleurs non qualifiés tant que les écoles enseignent des compétences que nous pourrions pleinement acquérir par la fin de notre éducation obligatoire. La déréglementation du zonage urbain afin de permettre aux développeurs de construire un développement mixte haute densité moins coûteux pourrait également aider les pauvres en leur permettant de vivre plus près du travail et d'économiser ainsi sur les coûts de transport. La suppression des contrôles de loyer pourrait inciter les entreprises, du moins à long terme, à construire davantage de logements locatifs pour répondre à la demande. L’adoption d’une politique plus efficace d’auto-exclusion des casinos et l’établissement de zones urbaines interdites aux entreprises qui vendent des produits et des services addictifs pourrait aider les pauvres aussi.


En raison du chômage et de difficultés financières, j'avais pris le courage de retourner chez mes parents. Sous la pression de ma mère pour me trouver du travail vite, je suis allé enseigner l'anglais en Chine et je me sentais coupable. J'avais tourné le dos à mon projet d'enseigner l'anglais ou le français langue seconde à l'école publique au Canada en partie parce que je ne voulais pas enseigner un cours obligatoire dont le taux de réussite était lamentable, mais j’allais faire précisément ça en Chine.

Tôt après mon arrivé en Chine, j’avais faite une dépression. Je suis allé visiter une psychiatre qui elle avait fait ses études en Allemagne. Elle connaissait peu l’anglais et elle confondait l’anglais qu’elle connaissait avec son allemand. Finalement, elle ne pouvait rien faire d’autre que de me prescrire des antidépresseurs (que je n’avais pas pris) et de m’aviser de me chercher de l’aide aussi tôt que je retourne au Canada. J’imagine que plusieurs font face à un problème semblable au Canada aussi.


Dans le cadre d'un test oral, je me souviens d'avoir demandé à un jeune étudiant adulte quelle était la chose la plus chère qu'il avait jamais achetée. Il avait répondu que c'était une bicyclette, mais je savais que le cours que je lui enseignais avait coûté beaucoup plus que ça à lui ou à ses parents.


Bien que j’essayais de mon mieux et que le taux de réussite de mes étudiants paraissait un peu plus élevé que celui des autres étudiants du même groupe d’âge dans la ville où je travaillais, je ne me faisais pas l’illusion que c’était beaucoup mieux ; mais parce que j'étais enseignante étrangère, les cours que j'enseignais étaient beaucoup plus coûteux. En fait, je ne sais même pas si leur performance un peu plus élevée est du à moi seule : ils avaient d’autres enseignants aussi et je n’étais qu’une enseignante supplémentaire pour la pratique de la langue.


J'avais rapidement pris conscience du lien entre l'anglais et les préjugés raciaux en Chine dans la mesure où de nombreux chinois considéraient l'anglais comme une langue blanche et croyaient que les professeurs blancs enseignaient mieux l'anglais. Ça avait eu pour résultat que les ouïghours qui avaient bien appris l’anglais se dirigeaient vers l’est pour vendre leurs services en tant que professeurs d’anglais « étrangers » tandis qu’on rejetait les canadiens d'origine chinoise même s'ils auraient pu bien enseigner l'anglais. Ça m’avait motivé à apprendre le chinois encore plus vite et à refuser de parler anglais sauf lorsque c’était nécessaire. Ça m'avait fait percevoir l'anglais comme une simple marchandise. J’avais vite découvert que, même si j'étais minoritaire, je n'étais pas le seul étranger à avoir refusé de parler anglais sauf lorsque c'était nécessaire et pour des raisons semblables. Les nuances raciales de l’anglais en Chine dissuadaient certains autres anglophones (enseignants étrangers, marchands ou autres) d’utiliser l’anglais en public aussi.