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J'étais assez fâchée de découvrir dans les pages d'un livre de cours d’anglais que je feuilletais un jour dans une librairie locale que Patrimoine canadien et l'Agence canadienne de développement international (l’ACDI) avaient financé Lingo Media pour le produire. Même si le taux de réussite en anglais au Québec était lamentable et que même nos députés du Québec avaient besoin de l'aide d'interprètes pour comprendre leurs compatriotes du Canada anglais, le contribuable canadien s’occupait à financer l'enseignement de l’anglais en Chine où le taux de succès était au moins aussi déprimant qu’au Québec. Pire encore, Patrimoine canadien et l’ACDI semblaient ne jamais avoir considéré que beaucoup de ceux qui allaient enseigner l’anglais en Chine étaient souvent des travailleurs non qualifiés de pays anglophones comme moi qui allaient enseigner l’anglais aux membres de la classe moyenne grandissante de Chine. Bien que nous sachions mieux l'anglais que la plupart des professeurs chinois, nos étudiants adultes avaient souvent reçu plus d’éducation formelle dans leur langue que nous l’avions dans la notre.


D'après mes observations, je dirais que pas plus du vingtième environ des habitants de ma ville avaient atteint un niveau de compétence suffisant en anglais pour qu'il puisse leur être d'une utilité pratique au-delà de la réussite aux tests de langue du ministère de l’éducation de la RPC, même en incluant les étudiants universitaires. Ça semblait être semblable dans les autres villes que je visitais aussi. Ceux qui apprenaient bien l'anglais comprenaient principalement ceux qui étudiaient un major anglais. Bien qu'il existait une différence significative de prix entre les cours enseignés par des professeurs étrangers et ceux enseignés par des professeurs chinois, je remarquais peu de différence dans la qualité globale de l'enseignement. Alors que de nombreux enseignants étrangers maitrisaient mieux l'anglais que leurs homologues chinois, ces derniers maitrisaient mieux la langue de leurs étudiants et les méthodes d'enseignement pour compenser, du moins en partie, leur manque de compétences en anglais. Les professeurs d'anglais chinois qui maitrisaient mieux l'anglais que la moyenne locale et qui enseignaient aux collégiens enseignaient encore mieux que la plupart des enseignants étrangers. Les enseignants étrangers avaient tendance à surperformer légèrement leurs homologues locaux uniquement dans les cours d’anglais plus avancés destinés aux élèves de plus de 15 ans, ce qui dépendait encore du niveau d’enseignement formel ou autodidacte des enseignants étrangers et des compétences des enseignants locaux en anglais.


J'avais vite appris à apprécier la Chine en raison de l'abondance du travail et de la paix qui en découlait ainsi que de ma capacité à mener une vie relativement confortable avec un faible revenu. C'était aussi une opportunité pour moi d'apprendre le chinois. L’espéranto avait été une propédeutique efficace dans mon apprentissage du chinois et du pinyin.


Au fil des années, mon père commençait à faire pression sur moi pour que je revienne parce que je lui manquais et ma mère parce qu’elle s'inquiétait du faible revenu que je gagnais là-bas. Voulant revenir mais craignant de leurs devenir un fardeau à mon retour, je suis restée encore quelques années jusqu'à ce que mes parents me suppliaient de revenir. Je suis finalement revenu chez mes parents et j'ai finalement trouvé du travail au Canada, mais mon cœur est resté partiellement chinois.


N'ayant pas interagi avec de nombreux espérantophones mais ayant développé la perception que beaucoup d'entre eux étaient anglophobes, je me suis senti mal à l'aise de contacter des espérantophones en Chine pendant que j'y enseignais l'anglais. À mon retour de Chine, un de mes amis espérantophones m'avait fait part à mon chagrin que peu importe comment certains peuvent percevoir les espérantophones comme étant anglophobes, ceux en Chines accueillaient souvent les étrangers pour enseigner l’anglais comme appât pour promouvoir l’espéranto, le commerce en espéranto, et même juste pour se faire des amis et qu’ils étaient beaucoup plus pragmatiques dans leur approche de l’anglais que les espérantophones des pays anglophones semblaient parfois l’être. Mes préjugés contre la communauté espérantophone m’avait coûté une chance de me faire plus d'amis en Chine.


Peu de temps après ma réinstallation au Canada, j'avais appris un peu d’ojibwa parce que je pensais que la connaissance de l'ojibwa combinée à l'espéranto m’aurait permit de traduire la littérature de l’ojibwa vers l’espéranto (et peut-être l’inverse aussi) pour publication, mais le temps et d'autres contraintes m'obligeaient à le laisser tomber avant d'atteindre un niveau de compétence suffisant. La construction identitaire linguistique que j’avais reçue à l’école publique, combinée à ma connaissance de la culture espérantophone, m’avait motivé à apprendre l’ojibwa malgré ma prise de conscience du profit matériel limité qu’elle pouvait me rapporter. Une rébellion coléreuse contre ce que je percevais comme une domination anglo-française me motivait peut-être à le faire.


Au cours de mes études d’ojibwa, j’étais surprise d'apprendre à quel point certains de mes camarades de classe étaient familiers avec le Livre I du rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Bien que je comprenais vaguement son contenu à partir des paroles élogieuses de mon enseignant lors de mon cours d’éducation civique au secondaire, je ne l’avais jamais vraiment lu. Le contenu de ce livre étant apparemment une connaissance commune parmi certains de mes camarades de classe d’ojibwa m'avait motivé à mettre fin à mon ignorance et à le lire. Le caractère explicite de ses préjugés m'avait choqué et je me suis demandé si mon professeur de civisme l'avait lu avant de le louer ou s'il ne faisait que répéter son propre professeur. Bien que je sois moi-même de langue maternelle française de parents exogames anglophone et francophone, ma lecture de ce livre m'avait encore plus rebuté de mes propres communautés ethniques du moins dans le contexte politique canadien.


Mon éducation publique combinée à ma lecture de ce livre m’avait aidé à mieux comprendre comment un couple canadien français pouvait poursuivre Air Canada en justice pour son agent de bord ne leur ayant pas servi un 7-Up en français sur un vol international sans considérer qu'un sourd ou un ojibwa ne pourrait que rêver de recevoir un tel service dans sa langue. Ce couple et moi semblons avoir réagi de manière tout à fait différente à la même éducation : ils l’adoptèrent mais elle me repoussa. Bien que j'aime toujours lire la littérature anglaise et française, je trouve l’attachement des enseignants des écoles publiques et apparemment la majorité des canadiens anglais et français à la notion de « deux peuples fondateurs » étranger et même répugnant.