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Ma conscience aiguë de la façon dont ma réaction émotionnellement intense vis-à-vis de mon éducation publique diffère tellement de la façon dont la plupart des canadiens, y compris les plus instruits, ont réagi à la même éducation me fait parfois me demander quels facteurs psychologiques, sociologiques ou autres auraient pu me faire réagir si différemment d'eux. Je ne connais pas la réponse à cette question.


Le livre I du rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme ne semble pas avoir influencé la communauté sinophone autant : alors que la notion de la dualité officielle entre l'anglais et le français semble être hautement considérée au sein de ces communautés ethniques respectives, la communauté sino-canadienne ne semble pas trop s'en soucier malgré sa prise de conscience de ça et me semble donc moins bornée et plus cosmopolite. Le motif principal chez les sino-canadiens d'apprendre l'anglais ou le français me semble plus pratique en dépit de leur prise de conscience de l'existence d'un motif ethno-politique incitant les anglophones et les francophones à apprendre la langue de l'autre. Je reconnais que certains locuteurs de l'anglais, du français, du chinois, de l'ojibwa ou de l'espéranto (et en particulier des universitaires) peuvent avoir des observations, des expériences et des interprétations complètement différentes des miennes, mais je ne parle ici que des miennes dans le contexte de ma propre éducation formelle limitée et de mes expériences de vie étroites.


Je dois dire ici que, aussi critiques que mes camarades de classe d’ojibwa pouvaient être à l’égard de nombreuses politiques gouvernementales, je n’avais jamais rencontré d’accusation de « privilège blanc » parmi mes amis ojibwa ou chinois. Ils ne m'ont jamais traitée simplement comme membre d'une autre communauté ethnique. Ils m’ont toujours accueilli comme leur amie et leur égale et jamais comme une simple « alliée ». Ce dit, certaines de mes amies me parlaient parfois de privilèges linguistiques anglaises et françaises dans la Charte canadienne des lois et libertés.


Je me souviens d'une conversation franche avec une amie ojibwa dans laquelle elle déplorait ses préjugés subconscients contre les canadiens anglais et français spécifiquement en supposant que nous avions des préjugés contre sa communauté jusqu'à ce que nous prouvions le contraire. Je n’avais jamais remarqué ce préjugé en elle : si elle entretenait de tels préjugés, alors elle devait s’efforcer de les maitriser parce que j’avais toujours eu le sentiment qu’elle m’accueillait comme une véritable amie dès le jour de notre première rencontre. Elle riait quand je lui avais révélé que je lutais parfois avec les mêmes préjugés contre mes propres communautés ethniques. Elle me rappelait que les différences étaient entre son gouvernement et le mien et non entre elle et moi et elle m’encourageait à apprécier les contributions littéraires anglaises et françaises ainsi que leurs autres contributions culturelles à la civilisation. Je regrette d'avoir finalement perdu le contact avec elle.


D'après mes propres observations et expériences, si le français s’était avéré utile pour les membres de ma famille élargie diplômés de l'université qui possédaient la certification nécessaire pour accéder à un emploi plus professionnel au sein du gouvernement, l'absence de certification me limitait à une communication informelle au sein de ma famille et le plaisir personnel de la littérature française. Mon manque de références de travail au Canada en anglais et en français m'avait rendu difficile la réintégration dans un marché plus anglo-français que celui dans lequel j'avais fini par travailler. Ma connaissance du chinois (bien qu’elle était plus faible que celles de l’anglais et du français) s'était avérée bien plus utile sur le marché non qualifié dans lequel je travaillais grâce à mon réseau d’amis sinophones ici.


Je trouvais que la communauté sinophone locale accueillait même les sinophones moins qualifiés, ce qui m'avait facilité l'accès au support de cette communauté pour trouver des clients, par exemple, et pour me sentir comme si j'appartenais à une communauté qui accueillait les immigrants plus facilement. À certains égards, peut-être parce que j’avais vécu à l’étranger pendant quelques années puis que je me suis intégré dans le marché du travail sinophone, j’ai le sentiment d’être une immigrante moi-même malgré un contexte familial qui remonte à la Nouvelle France du coté de mon père. Alors que j’étais livrée à mes propres moyens pour concurrencer tous les autres demandeurs d'emploi anglophones et francophones lorsque je répondais aux offres d'emploi publiées en ligne, mes amis sinophones parlaient souvent pour que je puisse nouer plus efficacement des contacts avec des clients potentiels. Les possibilités d’emploi au sein de la communauté sinophone sont aussi celles pour lesquelles je suis qualifiée contrairement aux possibilités en anglais et en français pour lesquelles une formation universitaire est généralement primordiale à moins que je ne veuille concurrencer une myriade de personnes pour la même offre. C’est peut-être du au fait qu'il est plus difficile d'immigrer au Canada pour les sinophones peu scolarisés, ce qui crée un vide sur le marché du travail sino-canadien moins qualifié afin de servir sa classe plus professionnelle qui pourrait encore préférer recevoir des services en chinois.


J'avais finalement rencontré mon futur mari chinois alors qu'il rendait visite à son cousin, l’époux d’une de mes amies, au Canada. Nous nous sommes mieux connus après son retour en Chine par messagerie instantanée pendant environ six mois puis par ma visite à lui et à ses amis en Chine une fois pendant quelques semaines, puis à sa famille pendant quelques semaines à peu près six mois plus tard.


Bien que je n’avais jamais eu l’intention d’épouser une personne qui ne connaissait ni l’anglais ni le français, mon travail à l’étranger puis au Canada, ensemble avec mon nouveau cercle d’amis à mon retour, m’avait amené à devenir culturellement plus chinoise que ce que j’avais reconnue auparavant. Il m'est difficile de communiquer avec mes compatriotes canadiens anglais et français, au-delà de la communication avec ma famille et mes amis, la lecture des littératures anglaise et française et l'interaction en anglais sur le marché local. Beaucoup de mes amies les plus proches étaient chinoises et nous regardions souvent des films chinois ensemble. Avec le recul, j'aurais peut-être du prévoir que mon futur mari aurait eu besoin d'être chinois à cause des changements culturels survenus en moi que je n'avais pas reconnus jusque-là.


Un autre facteur était l’attrait d’une relation à distance. Je n’avais jamais bien appris à défendre mes limites et je le savais et donc je craignais l’idée d’une fréquentation locale : c’est au moins comparativement plus facile de défendre ses limites à distance et donc une fréquentation à distance m’était attrayante jusqu'à ce que je puisse mieux me familiariser avec son caractère.