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Mon mari avait remis sa démission à son employeur et nous nous sommes mariés. J'avais supposé à tort que le mariage avec un citoyen canadien lui donnerait automatiquement le droit au moins de travailler au Canada. Nous avions emménagé dans un nouvel appartement et je l'avais ensuite amené à un bureau du gouvernement pour demander son visa de travail, pensant que nous pourrions nous soucier de la résidence permanente plus tard. Il avait l'intention de commencer par trouver n’importe quel travail dans la communauté sinophone tout en étudiant les opportunités puis de créer une nouvelle entreprise une fois installé.


Nous avions appris vite qu'il devait d'abord faire une demande de résidence permanente, qu'il ne pourrait pas travailler avant l'approbation et qu'il pourrait être obligé d'attendre un an avant de recevoir sa carte. Certains de nos amis chinois nous avaient reprochés de ne pas les avoir interrogés à ce sujet et m'avaient même demandé comment je n'aurais pas pu le savoir. Je leurs avais expliqué que j’étais une citoyenne canadienne de naissance qui ne s'était jamais attendue à marier un étranger et que mon mari n'avait pas prévu d'immigrer au Canada avant de me rencontrer, alors ni l’un ni l’autre n'y avait pensé. En fait, je n'aurais pas pu imaginer qu'il en était autrement.


Nous ayant déménagé suite au mariage dans un appartement que nous ne pouvions pas nous permettre avec un seul revenu et juste avant d'apprendre toutes ces nouvelles informations, mon mari m'avait alors suggéré que je le parraine, qu’il retourne en Chine pour y travailler, qu’il me transfère de l'argent pour m'aider à payer le nouveau loyer et qu’il revienne au bout d'un an. Ne voyant pas d'autre alternative que de puiser dans ses économies pour augmenter mes revenus tout en étudiant des opportunités commerciales locales pendant une année environ sans pouvoir travailler, j'avais accepté avec hésitation.


En Chine, bien que son ancien employeur l’avait placé sur une liste de priorités pour toute nouvelle ouverture de poste, il l’avait déjà remplacé et ne prévoyait pas embaucher de nouveau personnel avant quelque temps. Bien que mon mari avait réussi à se trouver vite un nouvel emploi, ça ne rapportait pas autant que ce dont il avait besoin pour m’aider.


Tout au long de cette année, je sautais les fruits et les légumes frais pendant des jours à la foi. Je le tolérais au début mais j'avais vite commencé à tomber malade et à m'absenter du travail, ce qui ne faisait qu'aggraver mes problèmes financiers et m'avait poussé dans un cercle vicieux de malnutrition. Même si mon mari avait des économies, nous craignions que s'il les utilisait maintenant, il ne disposerait plus suffisamment d'économies pour pouvoir créer son entreprise plus tard. Afin de ne pas l'inquiéter indument, je lui avais d'abord caché mes problèmes puis je les avais minimisés une fois que je ne pouvais plus les lui cacher.


Mon père ne pouvait pas croire que le droit de travailler au Canada prendrait autant de temps à obtenir après le mariage à une citoyenne canadienne à moins que les agents de l'immigration savaient quelque chose à son sujet qui retardait son processus. Bien que ses inquiétudes me frustraient, je peux comprendre le raisonnement de sa conclusion étant donné que je ne voyais aucune raison logique moi-même pour laquelle un étranger ne pourrait pas se présenter devant un bureau de passeports ou d'immigration avec son passeport, son certificat de mariage et sa femme canadienne pour qu’on tamponne le même jours dans son passeport un visa de travail de cinq ans, surtout compte tenu de la technologie dont dispose le Canada aujourd’hui. Craignant que mon père ne juge mon mari pour une situation qu'il ne pouvait pas contrôler, je gardais ma malnutrition secrète de mes parents aussi.


Un peu plus d'un an plus tard, mon mari était revenu au Canada, avait obtenu sa carte de résidence permanente et avait commencé à travailler pour un ami avant de se lancer dans la création de sa propre entreprise. Au départ, il avait eu l'intention de travailler au Canada afin d'étudier davantage la ville ; donc sauter cette étape avait également augmenté le temps et l'argent dont il avait besoin pour créer son entreprise. Dans ce temps-là, je suis tombé malade de nouveau, mais cette fois-ci pendant plus d'une semaine de suite comme si mon corps ne pouvait plus tolérer la nourriture que je mangeais même si je mangeais maintenant plus d'aliments frais qu'avant ; mais c'était la dernière paille. Mon régime commençait à avoir des effets néfastes sur ma santé mentale, je commençais à perdre l'appétit et j'avais également perdu la confiance de plusieurs de mes clients.


Une fois que mon mari avait pris conscience de la gravité de la situation, il commençait à puiser plus dans ses économies supplémentaires pour m'aider et améliorer mon alimentation. Il s'était excusé de ne pas m'avoir aidé suffisamment au cours de l'année précédente et m'avait réprimandé de ne pas lui avoir dit la gravité de ma situation plus tôt, mais je comprends qu'il l'ignorait parce que je l'avais caché de lui jusqu'à ce que je ne le pouvais plus et ensuite minimisé jusqu'à ce que ça me rattrape finalement. Bien que c’était deux années difficiles, je n’en ai jamais reproché à mon mari : c’était simplement le résultat de politiques gouvernementales hors de son contrôle, d’un manque de connaissances juridiques professionnelles de part et d’autre et de ma dissimulation de ma malnutrition jusqu’à je ne le pouvais plus. Parce que j'avais perdu quelques clients au cours de cette dernière année, mon mari m'avait embauché pour sa nouvelle entreprise et m'avait formé. Je gagne maintenant un peu plus qu'auparavant et ma santé physique et mentale s’est considérablement améliorée au cours de la dernière année.


Mon père veut que mon mari apprenne l'anglais aussi. Malheureusement, en raison de notre travail, de l'environnement local, de mon cercle d'amis et de ma connaissance du chinois, j'avoue qu'il pourrait avoir besoin d'un peu de temps pour bien apprendre l'anglais. Entrepreneur diplômé de l'université, il m'a appris une grande partie de ses connaissances entrepreneuriales depuis que j'apprécie et que j'ai commencé à appliquer à mon travail. Il m’aide à surmonter ma « débitophobie » alors que nous discutons de l’intention de contracter un emprunt hypothécaire plus tard.