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En dehors du travail, j’ai fait face à un autre défi frustrant. Les produits de notre supermarché local apparaissent généralement dans leur emballage d’origine avec l’anglais et le français ajoutés sur un autocollant. La taille de la police sur l'autocollant peut rendre le texte difficile à lire. Je sais que le chef de l’Assemblée des Premières nations a proposé que le Canada accorde aux langues autochtones un statut officiel égal à l’anglais et au français. Bien que je sois d’accord en principe avec ça, je pense que nous devons également en examiner les aspects pratiques. Par exemple, pourquoi ne pourrions-nous pas permettre à la langue autochtone locale ou à l'espéranto, seul ou accompagné, aussi longtemps que toutes les langues apparaissent de la même grandeur (l'espéranto apparaissant en dernier lorsqu'il est accompagné), de respecter les dispositions linguistiques de la Loi sur l'emballage et l'étiquetage des produits de consommation ? Ça pourrait permettre à un fabricant étranger d'étiqueter son produit de manière bilingue en chinois et en espéranto, par exemple.


Comme l’espéranto est facile à apprendre, un traducteur qualifié qui aurait consacré moins de temps et d’argent à apprendre l’espéranto serait disposé à produire une traduction de qualité à moindre cout par rapport à un autre qui aurait du dépenser beaucoup plus de temps et d’argent pour apprendre l’anglais ou le français pour produire même une mauvaise traduction et l’importateur n’aurait pas besoin d’y investir directement sauf s’il le souhaite. Réduire le nombre de langues sur l’emballage permettrait également à l’emballeur d’imprimer les textes dans une police plus grande, plus lisible. Presque tous les travailleurs et les clients au supermarché où je fais mes achats parlent chinois. Je ne vois pas pourquoi ils auraient besoin d’emballer ou d’étiqueter en anglais et surtout en français dans une banlieue où le chinois domine dans une ville où le français ne figure même pas parmi les dix langues les plus dominantes.


Je ne suis pas encore enceinte mais nous avons déjà commencé à explorer les options éducatives de notre enfant. Bien que des considérations non linguistiques influenceront sans aucun doute notre choix d'école pour notre enfant, je me concentrerai ci-dessous sur les facteurs linguistiques que nous avons pris en compte.


Nous acceptons que le chinois restera probablement la langue commune de notre famille nucléaire par habitude même si mon mari apprend bien l'anglais par la suite. Mon mari souhaite que notre enfant apprenne au moins le mandarin et les caractères simplifiés afin que notre enfant puisse communiquer avec sa famille élargie du côté de mon mari. Nous voulons tous les deux qu’il apprenne bien l’anglais afin de pouvoir communiquer avec la famille élargie de mon coté et avec la plupart des membres de la communauté locale aussi.


Reconnaissant que j'ai déjà contracté un mariage linguistiquement exogame de deuxième génération, que notre enfant aura une probabilité statistique encore plus grande de contracter un mariage linguistiquement exogame de troisième génération et que j'aimerais pouvoir communiquer avec sa futur conjointe, je veux que mon enfant apprenne l'espéranto aussi. Ainsi, s’il trouve une personne avec laquelle je ne partage pas de langue commune, il pourrait lui enseigner l’espéranto en moins de trois cents heures et nous offrir si rapidement le don d’une langue commune. Il se peut que je ne possède plus l’aptitude pour bien apprendre une nouvelle langue une fois que j’aurai vieilli et je ne peux pas garantir non plus que la conjointe de mon enfant posséderait l’aptitude nécessaire pour apprendre rapidement une langue difficile.


Dans Do you speak English? Les avantages du bilinguisme au Canada, publié par le Conseil canadien sur l’apprentissage en 2008, on lit à page 3 :


« L’avantage du bilinguisme semble s’étendre également au revenu personnel. Selon le recensement de 2001, le revenu médian des personnes parlant les deux langues officielles (24 974 $) était de près de 10 % supérieur à celui des unilingues anglophones (22 987 $) et de 40 % supérieur à celui des unilingues francophones (17 659 $). Des écarts semblables ont également été constatés concernant, entre autres, le niveau d’instruction et l’expérience de travail. »


Ce qui précède nous a incités à faire apprendre le français à notre enfant, mais nous devions également tenir compte de la probabilité que notre enfant ne l'apprenne pas correctement. Elisabetta Vilisics Formaggio (dans lingva orientado per espéranto, en 1995) a écrit aux pages 5-6 (ma traduction) :


« J'ai reçu récemment une invitation à une convention professionnelle de professeurs de langues (Teaching and Learning, Turino) dans laquelle il était mentionné, entre autres, que des progrès notables avaient été accomplis récemment dans l'enseignement des langues étrangères relatifs aux méthodes et aux outils pédagogiques utilisés dans le commerce. Cependant, ‘les résultats obtenus dans les écoles sont souvent décevants et décourageants pour les enseignants eux-mêmes.’


« Je n’ai cité que deux faits, mais le problème est largement perceptible dans tous les pays. Nous pouvons l'expliquer ni par la paresse des élèves ni par la maladresse des enseignants. Je pense que la cause principale des échecs est enracinée dans la discipline elle-même : les langues sont difficiles. Pour atteindre un niveau satisfaisant, nous devons investir beaucoup de temps. Environ 2 000 heures d'étude, selon Claude Piron. Katò Lomb affirme qu'au collège, nous devons consacrer au minimum 6 à 8 leçons par semaine et au moins 4 heures supplémentaires à des exercices pratiques, par langue. Connaissant les compétences de Piron et Lomb, interprètes et traducteurs hautement qualifiés et auteurs de nombreux ouvrages sur la communication, je ne doute pas de leur opinion. Mais je demande : est-il encore possible d’augmenter le nombre d’heures d’études hebdomadaires pour la langue étrangère? »


Je sais bien par mes propres observations que le taux de succès au Canada est aussi lamentable qu’en Europe.