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On lit la citation suivante de Flochon (2000) dans L’Enseignement des langues étrangères comme politique publique, Septembre 2005, par le Professeur François GRIN, à la page 81 :


« L’Institut de pédagogie cybernétique de Paderborn (Allemagne) a comparé les durées d’apprentissage de plusieurs groupes d’élèves francophones, de niveau baccalauréat, pour atteindre un niveau dit ‘standard’ et comparable dans quatre langues différentes : l’espéranto, l’anglais, l’allemand et l’italien. Les résultats sont les suivants : pour atteindre ce niveau, 2000 heures d’études de l’allemand produisaient un niveau linguistique équivalent à 1500 heures d’étude l’anglais, 1000 heures d’étude de l’italien et… 150 heures d’étude de l’espéranto. Sans commentaire. »


Pour le mettre en perspectif, un élève qui étudie l'espéranto au lieu de l’anglais dans une municipalité majoritairement francophone à partir de l'âge de huit ans pour cinquante heures par an et pour six ans de suite pourrait acquérir facilement une connaissance complète de l'espéranto dès l'âge de quinze ans et se faire présenté un certificat de bilinguisme en français et l’espéranto à l’obtention du diplôme sans frais supplémentaires aux contribuables.


Les faits ci-dessus nous posent un dilemme. Si notre enfant nait au Canada et acquiert ainsi la citoyenneté canadienne, il devra adapter son éducation au marché du travail canadien, ce qui semble inclure l’apprentissage du français, à moins qu'il puisse acquérir ultérieurement la citoyenneté chinoise. Cependant, étant donné le taux de réussite lamentable en français, je ne voudrais pas non plus soumettre notre enfant à perdre son temps en français, mais plutôt le laisser ne pas étudier le français du tout (afin de tourner ses efforts vers le codage ou d'autres études plus agréables) ou l’étudier suffisamment pour bien l’apprendre.


Comme les parents les plus proches de mon mari connaissent tous le mandarin et les caractères simplifiés, il pense à laisser notre enfant décider lui-même s’il veut apprendre les autres langues que mon mari connait et les caractères traditionnels dans le futur. Étant donné que mes plus proches parents francophones connaissent tous l'anglais, je pensais faire de même pour le français. Je ne voudrais pas surcharger notre enfant en perdant son temps à apprendre le français à moins que nous puissions assurer son succès dans cette langue. Nous devons également considérer que son succès en français pourrait augmenter la probabilité qu'il épouse une personne qui ne partage aucune langue commune avec mon mari.


Compte tenu de ce qui précède, je pensais qu’il serait préférable d’envoyer notre enfant à une école anglaise qui enseigne le mandarin avec des caractères simplifiés comme langue seconde sans le français. Le meilleur que je pouvais trouver localement était une école anglaise qui proposait le chinois en tant que langue d'origine en dehors des heures de classe et le français de base comme cours obligatoire. Je n'aime pas cette option parce qu’elle obligerait notre enfant à jouer son temps avec un pourcent de chance de réussite, du temps qu'il pourrait investir dans l'acquisition de connaissances plus certains. Si je voulais jouer avec une chance d’un pourcent, je l’enverrais à un casino.


J'ai également exploré une école publique locale pour notre enfant qui propose une immersion en ojibwa avec le français de base uniquement en tant que cours optionnel. J'aimais bien que le français de base soit facultatif parce que mon enfant ne perdrait donc pas son temps à jouer avec un pour cent de chance, mais je me demandais si notre enfant pourrait acquérir une connaissance complète de l'ojibwa d'ici la fin de ses études obligatoires avec l'anglais, le chinois et l’espéranto à la maison, surtout en raison du taux de réussite lamentable en immersion en français. Bien qu'un pari de dix pour cent surpasse celui d'un pour cent, je préférerais toujours que notre enfant investisse ses efforts dans quelque chose de plus sûr.


Je devais également d'équilibrer les applications sociales et commerciales. Bien qu'apprendre l'ojibwa puisse aider notre enfant à se faire de nouveaux amis, à accéder à une autre culture et à promouvoir la diversité linguistique dans notre monde (à condition que notre enfant puisse bien l'apprendre), il pourrait ne pas être aussi pratique sur le marché du travail canadien à l'heure actuelle à cause de nos lois constitutionnelles et linguistiques. De plus, cet école-là était loin de chez nous.


Ne voyant pas l'intérêt pour notre enfant de jouer son temps dans un cours de base ou d’immersion en français ou dans un cours d’immersion en ojibwa, j'ai alors commencé à explorer les écoles françaises locales. En tant qu’« ayant-droit » et ne voulant pas soumettre notre enfant à un cours dont la chance de réussite serait probablement lamentable, j'ai proposé que nous inscrivions notre enfant à une école publique francophone afin qu'il puisse bien apprendre n'importe quelle langue que l'école lui impose et pour qu’il puisse accéder à un emploi comme enseignant d'école publique ou comme fonctionnaire fédéral s'il le souhaite. Mon mari aime cette idée car lui aussi ne veut pas qu'une école oblige notre enfant à jouer son temps dans un cours de langue seconde, toujours selon le principe que notre enfant devrait apprendre toute langue que l'école lui enseignera bien ou pas du tout.


Selon Statistique Canada, presque la moitié de la population du Canada en âge de travailler n’est fonctionnellement alphabétisée dans aucune des deux langues officielles. Compte tenu des faits et des statistiques susmentionnées, je craignais qu’envoyer notre enfant à une école française située dans une municipalité majoritairement anglophone alors que nous l'élevions en chinois et moi en espéranto et en anglais écrit pourrait être une autre façon de jouer le temps de notre enfant. Craignant que le chinois, l'anglais, le français et l’espéranto ne surtaxent notre enfant, j'avais décidé de contacter le conseil scolaire de langue française local pour lui demander conseil. J'avais expliqué que le chinois serait la langue de notre famille, que mon mari enseignerait le chinois écrit à notre enfant à la maison ou pourrait l'envoyer à une école chinoise le week-end, que je lui enseignerais l'espéranto et l'anglais écrit, que je m'appuierais sur la langue locale, la communauté et l’école publique pour lui apprendre l’anglais parlé et que je l’aiderais à faire ses devoirs d’anglais. J'avais expliqué que si nous l’enverrions à une école française, je pourrais l'aider avec ses devoirs de français aussi.