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La réponse floue du conseil me déconcertait. Le message était que le conseil s'attend à ce que les « ayant droit » parlent français à la maison avec leurs enfants (ce qui me laissait à penser que nous devrions envoyer notre enfant à une école anglaise qui enseigne le chinois comme langue d'origine et d'accepter tout simplement le jeu de temps en français de base), mais il encourage même les parents qui ne parlent pas français à leurs enfants d'envoyer leurs enfants à une école française parce que le gouvernement octroie des fonds supplémentaires à l'actualisation linguistique en français (ALF) pour les enfants qui ne parlent pas français à la maison.


Étant donné que notre enfant devrait suivre des cours de chinois en dehors des heures de classe que nous l’envoyions à une école anglaise ou française et que l’école française pourrait fournir à notre enfant un soutient en français garanti par la Constitution tel qu’une école anglaise ne le pourrait en chinois ou en ojibwa, l’école anglaise ne fournit donc aucun avantage que l’école française ne pourrait pas offrir à l’exception de cours de chinois gratuits pour lesquels nous pourrions payer avec notre propre argent. En envoyant notre enfant à une école française, nous pourrions également exploiter son environnement francophone dans les couloirs et dans la cour d'école tel que nous ne le pourrions pas en chinois ou en ojibwa dans une école anglaise ; et plus encore, notre enfant ne jouerait pas son temps dans des cours de langues de base ou d’immersion.


Même si une école française que j'explorais enseignait l’espagnole de base, il s'agissait d'une matière facultative. L’école fournissait un certificat de bilinguisme pour ses deux langues obligatoires, l'anglais et le français, à l'obtention du diplôme du secondaire. Ça m'a assuré que l'école ne forcerait pas notre enfant à jouer son temps sur l'espagnol. Ça pourrait lui permettre de tourner le reste de son attention à la musique, d'autres arts et sciences, ou à un métier ou une profession afin de mieux équilibrer son éducation plutôt que de perdre son temps dans un cours de langue de base ou d'immersion, problème que nous semblions incapables d’éviter dans toutes les écoles anglaise.


Sachant que presque la moitié de la population canadienne en âge de travailler n’est alphabétisée dans aucune des deux langues officielles, je me demande si le financement fourni pour l’ALF suffira à faire en sorte que notre enfant obtienne son diplôme de secondaire avec une connaissance complète d’au moins une langue officielle. Que le message du conseil scolaire indique que l'on s'attend à ce que les « ayant-droit » parlent à leurs enfants en français semble indiquer que, bien qu'il veuille toujours que nous envoyions notre enfant à une école française, le conseil lui-même a des doutes quant à sa propre capacité à bien lui apprendre.


J'ai discuté de cette préoccupation avec mon mari et il m'a dit que si nous devons choisir entre l'acquisition par notre enfant d'une connaissance sous-fonctionnelle ou complète du français sans option de retrait, nous nous assurerions que le temps qu'il consacre à l'apprentissage du français porte fruits et que nous faisons simplement l'effort nécessaire pour qu'il apprenne bien les quatre langues. Exploiter l’ALF permettrait également à notre enfant d’accéder à davantage de fonds publics pendant sa scolarité obligatoire.


Dans l'idéal, j'aimerais envoyer notre enfant à une école française qui enseigne l’espéranto au lieu de l’espagnol de base. Ainsi, bien que le chinois reste la langue de notre famille nucléaire, je pourrais enseigner le français, le plus difficile, à mon enfant à la maison et laisser un enseignant lui enseigner l’espéranto, le plus facile, comme langue seconde et sa littérature à l’école. Ça donnerait à notre enfant beaucoup plus de pratique en français tout en assurant son succès en espéranto, ce qui serait préférable étant donné qu'il est beaucoup plus facile d'apprendre l'espéranto que le français.


En raison de sa facilité d'apprentissage comparative, même l'espéranto de base à une école minoritaire française pourrait donner à notre enfant la même connaissance complète de cette langue que de l’anglais et du français. Ça pourrait permettre à l'école de lui délivrer un certificat de trilinguisme en anglais, en français et en espéranto sans frais supplémentaires aux contribuables et de temps de mon enfant sans lui faire jouer son temps sur une langue qu'il ne pourrait pas bien apprendre avant la fin de son éducation obligatoire. Ça pourrait lui assurer une connaissance complète d'une langue facile dans son répertoire qu'il pourrait enseigner à une future conjointe pour une communication linguistiquement exogame au sein de la famille élargie si nécessaire.


Sa connaissance de l’anglais et du français pourrait lui donner un meilleur accès aux ressources économiques du Canada. Sa connaissance du français et du chinois pourrait lui être bénéfique si nous décidons de nous installer en Chine après la fin de sa scolarité obligatoire parce que peu de personnes connaissaient bien cette combinaison de langues. En fait, nous avons discuté de la possibilité de nous retirer en Chine. Une chose qui me préoccupe cependant est mon influence potentiellement pernicieuse sur notre enfant. Mon motif initial d'apprendre l'espéranto puis d'essayer d'apprendre l'ojibwa était purement altruiste en dépit de leurs avantages matériels limités pour moi ; mais elles font partie de mon caractère et je laisserai à vous de décider si elles reflètent un défaut ou une vertu.


Bien que j'aie été élevé en anglais et en français, la construction identitaire linguistique des écoles publiques m'avait poussé à me faire du tort en me privant de poursuivre une carrière dans l'enseignement de langue seconde dans le système scolaire public actuel pour des raisons que je ne comprends pas tout à fais moi-même. Après tout, pourquoi aurais-je tant à me préoccuper du taux de réussite des élèves dans le domaine de l’enseignement des langues secondes au point de tourner le dos à cette profession ? Comment résister à mes propres préjugés vis-à-vis de mon enfant, consciemment ou non, surtout en l'aidant à faire ses devoirs d’éducation civique lorsqu'il apprend le mythe des « deux peuples fondateurs » du Canada ? Je ne veux pas élever un rebelle, mais je crains qu'il va inévitablement acquérir l’esprit de rébellion en moi ou au moins y réagir d'une manière ou d'une autre que je le veuille ou non.