©2019 by La Nation française du Canada. Proudly created with Wix.com

Même si je garde mes préjugés pour moi-même, comment notre enfant devra-t-il comprendre la valeur que nous accordons au chinois et moi à l'espéranto dans la famille par opposition aux louanges que l'école porterait aux « deux peuples fondateurs », le bilinguisme officiel et les systèmes scolaires séparés dans ses cours d'instruction civique ? Il absorbera les cultures que les littératures de chaque langue qu'il aura apprises lui présenteront, et le mythe des « deux peuples fondateurs » qu'il apprendra dans son cours d'instruction civique se heurtera inévitablement à l'enseignement du système des pensionnats indiens dans la même classe et l’« interna ideo » qu’il absorbera chez nous de la littérature en espéranto. Le problème ne viendra pas des langues elles-mêmes mais plutôt du contexte politique canadien dans lequel elles seront présentées. J’espère que le caractère plus pratique de mon mari contrebalancera mon caractère plus idéaliste pour le bien de notre enfant.


Un développeur de cours de langue seconde pour les écoles publiques doit comprendre, bien qu’un enseignant puisse enseigner une langue seconde dans le but de l’utiliser exclusivement pour l’emploi et le commerce (ou bien plus souvent juste pour passer les tests du ministère pour gagner des crédits en vue de l'obtention du diplôme d'études secondaires), que la réalité est que l'enseignant n'a aucun moyen de l'empêcher de l'apprendre suffisamment bien pour l'utiliser au-delà des paramètres aussi étroits dans les domaines de la littérature, de la culture, de l'amitié, des relations amoureuses, du mariage et de l’éducation des enfants. Ceux-ci ont à leur tour une incidence sur les taux d'émigration et d'immigration, la famille, la communauté, l'économie et la démographie des langues locales et mondiales. Dans le Canada de plus en plus multilingue d'aujourd'hui, la politique d'enseignement des langues secondes dans les écoles publiques doit faire partie intégrale de la politique publique et ne pas en être distincte. L'enseignant doit enseigner une langue seconde facile pour la communication pratique au sein de la famille exogame et sur le marché de plus en plus multilingue des travailleurs moins qualifiés et en enseigner une troisième uniquement en fonction de la demande du marché.


Selon Statistique Canada en 2011, environ 17,5% seulement des résidents du Canada pouvaient « soutenir une conversation dans les deux langues officielles du Canada ». Je ne doute pas que plusieurs des participants dans le cas de Mali se sont considérés capables de « soutenir une conversation dans les deux langues officielles du Canada » selon une auto-évaluation par opposition à une évaluation objective. Les données de Statistique Canada reposent sur des auto-évaluations, ce qui soulève la question de savoir dans quelle mesure ceux qui ne parlent aucune langue officielle comme langue maternelle n’en connaissent bien une. Étant donné qu’en tant qu’agents du gouvernement fédéral, l’interrogatrice et la conseille du ministre lors de la première audience d’admissibilité de Mali avaient probablement été soumis à des évaluations basées sur des tests objectifs, leur connaissance de l’anglais et du français était probablement meilleure que celle de la majorité de ce 17,5%.


Selon Official Language Policies of the Canadian Provinces: Costs and Benefits in 2006, par François Vaillancourt, Olivier Coche, Marc Antoine Cadieux et Jamie Lee Ronson et publié par l’Institut Fraser en 2012, remplir les exigences linguistiques de la Charte canadienne des droits et libertés a coûté 2,4 milliards de dollars combiné aux gouvernements fédéral et provinciaux en 2006. Ça contribue probablement de façon importante aux disparités de richesse (et par conséquent aux ressentiments) entre les membres des communautés de langues officielles et non officielles du Canada ; et comme le révèle le mauvais anglais présenté dans le cas de Mali, ce financement n’est pas encore suffisant pour des langues aussi difficiles à apprendre que l’anglais et le français.


Je ne comprends pas l'objectif de la politique publique d’imposer le français de base (ou même l'immersion française) autre que pour créer une demande pour le marché d’enseignants de français comme but en soi. Les barrières linguistiques à lesquelles nous témoignons à la Chambre des communes reflètent avec justesse le triste échec des systèmes d’enseignement public du Canada à fournir aux canadiens une langue commune non seulement entre nos compatriotes mais également entre les membres de no familles élargies. Comment se fait-il que des professeurs de langue seconde professionnels titulaires de baccalauréats, de maitrises et, dans certains cas, de doctorats n'ont pas réussi à fournir une langue commune entre les canadiens (voire entre nos législateurs membres de la Cour suprême-même) alors que j'ai pu m'apprendre l'espéranto seule dans moins de trois cents heures (peut-être même environ cent cinquante heures) d’autodidacte sans plus qu’une éducation secondaire, un livre d’autodidacte, un dictionnaire et une traduction de la Bible en espéranto ?


Je ne comprends pas l'objectif de la politique publique d’offrir l'espagnol de base sans l'espéranto dans une école française minoritaire dont la majorité des élèves appartiennent à des familles nucléaires linguistiquement exogames et dont la famille élargie pourrait déjà déborder de langues. Même si un enfant apprend bien l’espagnol, ce succès augmenterait ses chances de suivre les traces de ses parents en contractant un mariage exogame mais dans la nouvelle langue. Ça l'obligerait à jongler avec au moins une troisième langue difficile au sein de sa famille toujours sans langue facile dans son répertoire.


Un autre obstacle que je prévois concerne nos horaires de travail. Nous travaillons tous les deux le plus souvent les week-ends et les jours fériés, une réalité que les écoles publiques ne reconnaissent pas. J'imagine que si le gouvernement donnait des chèques éducations et laissait chaque école participante choisir le calendrier de son choix pour les week-ends et les vacances, de nombreuses écoles publiques s'adapteraient aux nombreux parents qui font du travail posté dans les secteurs de l'hôtellerie, du voyage et du tourisme ainsi que dans les services d’urgence policier, d’incendies, paramédicaux au autre qui n’ont pas le luxe de conformer leurs horaires de travail à ceux de l’école publique. J'imagine qu'une école pourrait suivre un calendrier chrétien, une autre juif et encore une autre musulman. Çà augmenterait au moins légèrement la probabilité qu'un parent puisse conformer son horaire de travail à celui de son enfant.