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(pseudonyme)

Je participais auparavant à une organisation locale. La plupart des membres étaient bilingues ou trilingues dans une combinaison de langues. À chaque réunion, une personne assurait l'interprétation publique consécutive entre l'anglais et le français tandis que certains, assis contre un mur voisin, recevaient une interprétation privée dans une autre langue.


Un soir, on m’appointa l'interprète volontaire désigné entre l'anglais et le français et, comme cela se produisait parfois, le groupe discutait de s'il fallait allouer des fonds pour acheter du matériel d'interprétation simultanée coûteux qui comprendrait une petite pièce silencieuse séparée pour un interprète et des casques d'écoute sans fils.


Un francophone blanc se prononçait contre le plan en raison de son coût et de l'idée que tous devrait faire l'effort d'apprendre le français. Un immigré afro-américain l’accepta en principe mais soutenait qu'apprendre le français prend du temps et qu'entre-temps, l'interprétation simultanée rendrait les réunions plus efficaces que la consécutive.


Après quelques échanges respectueux entre les deux par l’aide de l’interprétation consécutive entre l'anglais et le français, le francophone me fit signe de cesser d'interpréter. Il insinuait ensuite l'anglais avec colère que ceux qui s'opposaient au français étaient des nazis. A son crédit, le fait qu'un homme blanc pouvait insinuer qu'un homme noir était un nazi montre qu'il n’était probablement pas particulièrement raciste. Malheureusement, il semble que ses préjugés linguistiques prirent la place des raciales avec vengeance.


À ma grande joie en tant qu'interprète, l'américain nous recommanda gentiment de changer de sujet pour la soirée. Après la réunion, un certain nombre de personnes, dont moi-même, s’approchions de l’américain pour nous excuser au nom de l’autre locuteur et tentions d’expliquer que la langue était une question délicate au niveau local. Il comprenait et n'exprimait aucune mauvaise volonté envers l'autre. Quelques minutes plus tard, je remarquai que l’autre s’approcha de l’américain sans qu’on l’invite (autant que je sache) pour s’excuser et l’américain accepta les excuses avec joie. Bien que cet incident se soit bien déroulé du fait en grande partie de la capacité de l’américain de désamorcer la situation, pas tous les conflits linguistiques finissent aussi bien.


Par la suite, le seul autre locuteur d’espéranto que je connaissais à la réunion et moi partions en parlant des problèmes de langue du groupe et discutant de comment l’espéranto pourrait les résoudre avec le temps, au moins en théorie, grâce à sa plus grande facilité d’apprentissage. Bien que je me souviens du contenu de base de la discussion, je ne me souviens plus de la langue dans laquelle nous en avions discuté puisque nous connaissions tous deux le français et l’espéranto.