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Alexandre Roy au Canada, I

Bien que je ne regarde plus la chaîne de télévision CPAC depuis de nombreuses années (principalement car je n’ai plus de câble), je me souviens de la frustration constante qui régnait après mon retour au Canada de devoir toujours changer de chaîne quand un député changeait de langue car je ne faisais pas confiance à l'interprétation. Comme la télévision prenait une seconde pour changer entre les chaînes anglaise et française et je ne pouvais jamais anticiper dans quelle langue un député bilingue allait parler, je manquais souvent les premiers mots de son discours après qu’il changea de langue. Même si CPAC n’entendait pas de susciter l’enthousiasme, le fait de devoir changer de chaîne toutes les quelques minutes le rendait encore moins agréable.


Je rencontrai ma femme au Canada alors qu'elle rendait visite à sa cousine. À une occasion au cours de notre cour, on l’accusa d’avoir travaillé pour sa cousine sans l'autorisation appropriée de travailler au Canada. Nous nous sommes mariés peu de temps après et prévîmes déménager en Ontario où j’eus reçu une offre attrayante car mon travail à l'époque commençait à me rapporter moins qu'avant ; mais car les coûts juridiques liés à la lutte pour prouver son innocence drainaient rapidement mes épargnes, je devais trouver vite un nouvel emploi au Québec. Je retournai chez un de mes employeurs précédents et cela nécessitait la signature d'un contrat prolongé.


Les six semaines de formation se déroulaient en anglais. Nous allions travailler pour un compte du Gouvernement du Canada. Nous devions donc pouvoir répondre aux appels (tous des employés du Gouvernement) dans l'une ou l'autre des langues officielles. Comme la formation eut déroulé en anglais, nous étions nombreux à vouloir prendre des appels en anglais seulement avant de commencer à en prendre en français car nous craignions de ne pas connaître certains équivalents en français de la terminologie spécialisée apprise en anglais dans l’entraînement. Certaines questions soulevées au cours de la formation concernaient la traduction. Par exemple, il n’était pas clair au début si l’acronyme TIN (traveller identification number) restait le même en français qu’en anglais (comme c’est le cas de l’UNESCO par exemple) ou traduit en français sous NIV (numéro d'identification du voyageur). J’appris finalement d’un site de travail que nous traduisions effectivement de tels acronymes en français.


Peu de temps après la formation, un juge déclara ma femme inadmissible pour rester au Canada. Je fus tombé malade et je dû donc prendre une semaine de congé. Ma femme trouva un autre avocat qui lui expliqua qu'il existait un autre processus pour l'aider à rester au Canada. Il nous fallu environ deux ans pour mener à bien ce processus. Je dû parfois prendre un ou deux jours de congé au cours de la première année en raison du stress ressenti chaque fois que je devais régler un autre problème d’immigration quelconque.


De retour au travail environ une semaine plus tard, je commençais à prendre des appels en français, ce qui ralentissais le temps de réponse. Je devais ouvrir l’application téléphonique sur mon écran pour voir la langue choisie avant de pouvoir commencer à parler. Parfois, car mon interlocuteur eut sélectionné la mauvaise langue ou pour une autre raison technique, il se trouve dans la mauvaise file d’attente. Dans ces occasions rares, je dois répéter mon introduction.


Je découvris ensuite que les francophones eux-mêmes ne connaissaient pas toujours la même terminologie que moi. Par exemple, certains ne connaissaient que la terminologie française tandis que d'autres ne connaissaient que l'anglaise. Cela signifie qu'après avoir utilisé la terminologie française, je dois l'interpréter en anglais aussi.


Une autre complication vint de mon utilisation des programmes informatiques. Le système principal que j'utilise possède une version anglaise complète et une version française partiellement traduite, le reste restant en anglais (ou du moins la dernière fois que j’eus vérifié). Il est souvent possible de produire plus d’une traduction également correcte d’un mot ou d’une phrase de l’anglais vers le français ou inversement. Lorsque j’utilisais la version française pour m'aider à utiliser une terminologie plus commune avec un francophone, oubliais la traduction anglaise précise pour un terme, puis appelais ensuite un superviseur anglophone pour obtenir de l'aide, je dû interpréter les mots et les phrases affichés sur mon écran vers l’anglais sans savoir s’ils étaient exactement les mêmes termes que le superviseur lisait. Cela impliquait passer plus de temps à l’interpréter dans d’autres termes tout aussi corrects pour voir si l’un de ces termes pouvait être celui que le superviseur utilisait. Je compris vite qu'il était préférable de garder ce système en anglais car je devais discuter des éléments de mon système informatique avec un superviseur plus souvent qu'avec un client et le superviseur connaissait toujours l'anglais.


Comme je recevais initialement plus d'appels en anglais qu'en français, je configurai le site en ligne que les client utilisaient en anglais afin de pouvoir lire la même terminologie qu'il voyait sur son écran lorsqu'il me demandait de l'aide pour le guider tout au long du processus de réservation. Comme je me référais rarement à ce site et j’eus simplement enregistré mon mot de passe dans la version anglaise, j’eus finalement oublié mon mot de passe.


Lorsqu'un client francophone me demanda de le guider sur le site, j’essayais de passer à la version française afin de pouvoir lire la même terminologie que celle qu'il lisait. Malheureusement, le passage au français supprima le mot de passe auto-généré. Cela signifiait que je devais renvoyer le mot de passe, attendre de le recevoir dans ma boîte courriel, le copier puis le coller dans la version française et puis me connecter (ce qui aurait pris au moins quelques secondes et, si le renvoi était lent, jusqu’à une minute). Je choisis plutôt d’interpréter oralement en français. J’enregistrai finalement le mot de passe dans un fichier MS Word pour une référence rapide (parmi les nombreux autres fichiers que je dois consulter régulièrement). Comme je n'interprétais pas toujours dans la même terminologie que celle que le client lisait sur son écran, cela s'est avéré aussi long car je dus traduire en différents termes français tout aussi corrects en espérant que l'un d'entre eux serait plus près de celui qu'il regardait sur son écran.