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Alexandre Roy au Canada, III

L'espéranto présente certains avantages. Premièrement, l'écriture en espéranto est elle-même phonétique. Ainsi, que l'on lise la première lettre ou le premier phonème du mot, les deux seront toujours pareilles. Deuxièmement, la numérotation suit un modèle plus logique. Par exemple, un espérantiste exprimerait « quatre-vingt-onze » traduit littéralement par « neuf dix un ». Même si cela pourrait créer une confusion entre « neuf, un » et « neuf, un, zéro, un », dépendamment de si on lit un nombre ou un code, au moins la prononciation des nombres apparaît dans le bon ordre de série, contrairement à « nineteen » en anglais, et n'implique pas une combinaison d'autres chiffres contrairement à « quatre-vingt-onze » en français. En espéranto, nous dirions simplement neuf-dix (comme le « nonante-dix » belge) pour quatre-vingt-dix et dix neuf pour dix-neuf.


Lorsque je dois consulter le site d’une compagnie aérienne, je préfère le faire dans la langue de mon client afin de m’assurer que nous utilisons la même terminologie, surtout s’il consulte le même site. Comme je change souvent de langue sur le site dans Google Chrome, le site d’Air Canada m’incite automatiquement à choisir mon pays et ma langue puis prend quelques secondes à charger ma sélection.


Lorsque je téléphonais à une compagnie aérienne, à un hôtel, à une compagnie de location de voitures ou à une compagnie de chemin de fer, je préférais utiliser la même langue que celle dans laquelle je servais mon correspondant afin de m'assurer que j'entende quelque terminologie spécialisée que cet agent pourrait utiliser dans cette langue pour m'aider à guider mon interlocuteur s'il souhaite ensuite consulter son site, par exemple.


Je considérais cependant un autre facteur. Dans notre entreprise, nous prenons tous des appels en anglais alors que seuls les francophones les prennent en français. Cela signifie qu'une personne ayant opté pour la file d'attente anglaise peut être servie plus rapidement en anglais qu'en français. Si je ne voulais pas attendre trop longtemps que quelqu'un de l'autre entreprise réponde, je préférais opter pour la file d'attente en anglais à moins que ce soit une société québécoise dont la langue interne était plus probablement le français, auquel cas je préférais alors la file d'attente française comme la plus rapide. Au cours d’une période particulièrement chargée dans notre entreprise, Je recevais des clients par la file anglaise qui me disaient qu’ils préféraient le français mais choisissaient l’anglais pour bénéficier d’un service plus rapide. Un client qui fit cela connaissait mal l'anglais. Quand je remarquai qu'il luttait avec l'anglais, je lui proposai de passer au français et il l’accepta avec joie. Il me dit qu’il eut choisi la file anglaise en croyant pouvoir nous joindre plus rapidement et qu’il était heureux d’avoir atteint un francophone. Je croix qu’il comprit au début de notre appel qu’il eut surestimé ses vraies compétences en anglais. Si je n’aurais pas connu le français, j'aurais eu besoin de le transférer à la file d'attente française et de prendre ainsi encore plus de son temps. À une occasion, alors que j’attendais dans la file d’attente téléphonique d’une compagnie aérienne internationale, un message vocal me demanda explicitement d’appuyer sur une touche pour passer à la file d’attente anglaise en raison de son temps d’attente réduit.


Plus récemment, une cliente francophone en poste sur la côte ouest me dit que, lorsque les délais d'attente étaient longs, elle préférait choisir l'anglais pour nous joindre plus rapidement ; mais à au moins une occasion, elle dut ensuite demander à l'agent de la transférer dans la file d'attente française car l'agent comprenait mal son anglais accentué en français et qu'elle comprenait mal l'anglais indien de l'agent. Un autre client francophone me demanda s'il pouvait demander qu’on le transfère à moi dans l'avenir car il comprenait mal certains agents francophones.


La permutation constante de l'anglais et du français me faisait même oublier dans quelle langue je m'adressais à mon interlocuteur à quelques reprises. Lorsque je revenais chez le client, je ne pouvais que m'excuser dans les deux langues et de demander dans quelle langue nous nous parlions. Bien que je commette cette erreur beaucoup moins fréquemment que par le passé, je le fais encore rarement. Au moins un agent d’une compagnie aérienne commit la même erreur à mon égard après m'avoir mis en attente.


Lorsque j’appelais une autre entreprise, mon choix de la langue de mon client m’aidait à me souvenir de la langue dans laquelle nous parlions, surtout si j’avais besoin d’appeler un certain nombre d’entreprises différentes avant de retourner au client. Je suppose qu'une solution alternative aurait été d'écrire la langue au début de chaque appel si j’aurais continué à commettre cette erreur trop souvent.


Oublier la langue dans laquelle je m’adressais à un client peut arriver surtout lorsque je dois le contacter plus tard. Dans un tel cas, je peux vérifier la langue de son choix dans son profil, mais toutes ces petites vérifications prendraient plus de temps. Pas un seul d'entre elles ne consomme plus que quelques secondes ou une minute au maximum, mais ces secondes peuvent s’accumuler rapidement jusqu'à quelques heures, jours, semaines et années dans l'ensemble de l'économie canadienne.


Je trouvai que l’agent qui répondait à la file d’attente française de Via Rail le faisait souvent en anglais. Je pris cela comme une indication qu'il préférait l'anglais et changeai donc à l'anglais moi-même. En conséquence, je ne sais pas à quel point il connaissait le français car je me souciais plus de communiquer clairement que de tester ses connaissances en français. À une autre occasion, je joignais une agente coréenne d’Air Canada par la file française pour la trouver aux prises avec des problèmes de français et je proposai donc de passer à l’anglais, ce qu’elle accepta avec joie. Au fil du temps, je développai une préférence pour le français par habitude même si je connais probablement mieux l'anglais en général. Je préfère maintenant le français car je peux alors épeler mon nom dans adresse électronique en toute confiance que l’autre agent me comprendra plus vite.