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Alexandre Roy au Canada, IV

Un autre problème que je rencontrai à au moins une occasion concernait une organisatrice de voyages qui eut reçu un message électronique de notre part dans la mauvaise langue. Je crois que notre programme informatique choisit la langue préférée des profils de l’arrangeur de voyages et du voyageur. Si l'organisateur de voyage crée un profil pour le voyageur et choisit la mauvaise langue préférée, le voyageur peut également recevoir ses messages électroniques de notre part dans la mauvaise langue. À une autre occasion, une organisatrice de voyages me demanda d'envoyer un message électronique unilingue au voyageur car celui-ci trouvait le courrier bilingue trop long et déroutant. Je suppose que l’arrangeur et le voyageur eurent sélectionné des langues différentes dans leurs profils respectifs, ce qui aurait pu causer l’envoi d’un message automatisé bilingue. Je ne savais pas comment répondre à cette demande étant donné que tout était automatisé.


La pénurie de personnel francophone au sein de notre entreprise signifie que plusieurs agents francophones doivent travailler en alternance tôt le matin et en fin de soirée afin de respecter les horaires du gouvernement du Canada dans tous les fuseaux horaires de l’État. Le fait que la majeure partie de la population francophone du Canada habite l’est du Canada et que le gouvernement canadien rivalise avec le secteur privé pour les quelques francophones qui habitent l’ouest canadien aggrave probablement la situation. Une fois dans la même entreprise quelques années avant que j'y retourne, une collègue francophone me confia qu'elle souhaitait que je cache sa connaissance du français auprès de la haute direction, ce qui, ironie du sort, éviterait les problèmes liés à la pénurie de personnel francophone car elle ne voulait pas être soumis à des quarts rotatifs.


Le besoin de notre entreprise d’embaucher un grand nombre de bilingues anglais et français doit nécessairement contribuer à une pénurie de personnel dans d’autres langues. Contrairement à la croyance populaire, pas toutes les compagnies aériennes et les hôtels peuvent bien servir leurs clients en anglais et encore moins en français. J’eus du mal parfois à communiquer avec le personnel d'une compagnie aérienne régionale sud-américaine et d'hôtels allemands, autrichiens et autres en raison de mon manque d'espagnol et d'allemand et de leur anglais standard.


À une occasion, j’informai un organisateur de voyages que je ne pouvais pas communiquer avec le personnel d’une compagnie aérienne régionale sud-américaine. Heureusement pour touts les concernés, elle m’informa que le voyageur connaissait l'espagnol et qu'il pouvait donc joindre la compagnie aérienne lui-même. À une autre occasion, une employée d’hôtel allemand passa le téléphone à un collègue qui connaissait un peu d’anglais. Je crois qu'il m’adressa ensuite par l’aide de la traduction mécanique. En raison du manque de fiabilité de la traduction mécanique, nous devions nous répéter de différentes manières afin de nous assurer que nous nous comprenions bien, ce qui nous faisait perdre du temps.


Les barrières linguistiques ci-dessus ne devraient surprendre aucun érudit en langues. Mon père étudia le français à l’école secondaire, il m’entendit le parler avec ma mère tout au long de mon enfance et l’étudia de nouveau à temps plein pendant six mois au Québec en tant que membre des Forces armées canadiennes, mais ne parle toujours pas bien le français. Si une personne bénéficiant des ressources financières des Forces armées canadiennes ne peut toujours pas bien apprendre le français, comment pouvons-nous nous attendre à ce que le non-francophone moyen l’apprenne bien ?


Il y a quelques années, lorsque je travaillais sur un autre compte, je proposai de servir un client en chinois. On me dit plus tard que la direction préférait qu’on n’utilise d'autres langues en raison des complications inhérentes au fait de devoir ensuite trouver quelqu'un qui comprend la langue si quelqu'un devait écouter l’enregistrement de l'appel plus tard. Dans cet esprit, même si j’aurais connu l'espagnol ou l'allemand, des problèmes auraient pu survenir ultérieurement si quelqu'un d'autre devait alors écouter l'appel pour résoudre un différend par exemple.


L'absence d'une monnaie internationale et d'impôts normalisés au niveau international complique encore les choses. Par exemple, le prix d'un billet d'avion est établi en fonction de sa ville de départ d'origine, qui doit ensuite être convertie dans la devise de la juridiction de l'agence de voyages. Si un voyageur change le billet plus tard, nous pouvons généralement, mais pas toujours, utiliser un système automatisé qui calculera la conversion de devise et les taxes différentes pour nous.


Lorsque cela n’est pas possible, le calcul manuel de l’échange peut prendre plus de temps. Premièrement, nous devrons peut-être déterminer quelles taxes s'appliquent, à quel taux elles doivent s'appliquer et à quoi elles s'appliquent. Au Canada seul, nous devons déterminer lesquels s’appliquent entre la TPS, la TVQ, les différentes TVH, les différents frais d’amélioration d’aéroports locaux et toute taxe applicable de tout pays étranger. Deuxièmement, nous devrons peut-être ensuite déterminer dans quelle monnaie ils doivent tous être calculés. Troisièmement, nous pourrions alors avoir besoin de convertir le tout en une autre devise. Le calculer manuellement peut prendre du temps et, même si certains calculs s’élèvent à des centaines, voire des milliers de dollars, d’autres parmi ces myriades de taxes spécifiques s’élèvent à quelques dollars, voire quelques sous, comme la TPS sur les frais d’amélioration d’un aéroport local.


Les lois sur l'immigration peuvent nous poser un autre problème. De nombreux militaires canadiens ne savent pas toujours quand ils reviendront. Pour cette raison, ils préfèrent acheter deux billets allés simples pour être remboursé celui du retour. Dans les rares cas où ces billets ne sont pas disponibles, ils achèteront un billet entièrement remboursable avec une pénalité d'annulation pouvant varier entre cent cinquante et six cents dollars canadiens. Dans un tel cas, ils achètent le billet en sachant à l'avance qu'ils devront l'annuler plus tard et déduire l'amende comme dépense nécessaire du gouvernement du Canada pour duper les douaniers étrangers. Même quand ils peuvent obtenir un billet entièrement remboursable, le gouvernement perd encore de l'intérêt sur l'argent qu'il ne donne que pour le récupérer (moins nos propres frais de service pour le billet séparé) sans intérêt à une date ultérieure.