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Après avoir lu la transcription de l'audience, j'envisageais de trouver un conseil franco-mandarin pour ma femme dans notre ville afin d'accroître la probabilité que le juge et la conseille du ministre travaillent dans leur langue la plus forte. J'avais abandonné cette pensée après avoir réfléchi à la nécessité d'un professionnel pour traduire tous les documents textuels d'un mauvais anglais en un français équivalent. Je craignais que traduire de telles nuances et détails dans les documents ne soit même pas possible, dû à ce que des différences structurelles fondamentales entre les deux langues empêchent le traducteur de traduire une ambigüité ou une erreur linguistique particulière de l'anglais en un équivalent qui pourrait ne pas exister en français. Je reconnaissais l’importance des ambigüités et des erreurs des textes originaux dans le cas de ma femme. J’avais donc abandonné cette idée et décidé d’espérer que le prochain juge serait aussi rationnel que le premier.


Quelques jours avant l’audience d’appel prévue, la conseille de ma femme nous avait présenté une copie par fax d’une capture d’écran de la publicité à laquelle le rapport de police présenté lors de l’audience d’admissibilité de ma femme avait fait référence. Elle comprenait huit images assez floues pour nous laisser deviner qui elles représentaient. sa conseille nous assura que la CISR n’accepterait pas d’images aussi floues.


Car on n’avait pas examiné le corps de ma femme à l’audience d’admissibilité, elle répéta à sa conseille qu’elle était disposée à ce qu’une femme inspecte son corps dans une chambre privée à l’audience d’appel. Sa conseille l’a rassurée qu’elle demanderait certainement que cela soit fait si le membre de la SAI aurait quelque doute sur ses affirmations concernant l’existence de marques identifiables et pertinentes sur son corps.


Me connaissant déjà suffisamment, sa conseille me déconseilla vivement de nouveau d'analyser les rapports de la police et de l'ASFC à l'audience et de faire preuve du plus grand respect pour le juge et la conseille du ministre. Même si je n’avais encore pas manqué de respect à personne, sa conseille s’inquiétait que le juge puisse interpréter mon analyse des rapports comme une insulte à l’intelligence des personnes présentes dans la pièce qui pourraient les lire elles-mêmes. En outre, elle était convaincue que les rapports étaient si manifestement non fiables que je ne devrais pas avoir besoin de les analyser de manière approfondie pour prouver leur manque de fiabilité sans que leurs auteurs fournissent des explications complémentaires.


À la date de l'audience d'appel, nous nous étions levés vers 3 h 30, avions pris une douche, nous étions habillés, avions pris un petit repas rapide, puis avions quitté à 5 h le matin pour la ville où l'audience d'appel aurait eu lieu. Nous étions arrivés vers 8h40, vingt minutes avant l'audience prévue à 9h00. Nous parlions à sa conseille puis nous nous sommes dirigés vers la salle d’audience où nous apprenions que le conseil du ministre avait appelé malade le matin même. La conseille de ma femme nous informa que l’audience reportée pourrait avoir lieu un mois plus tard.


Nous nous sommes enfin rendus à l'audience d'appel le 12 octobre 2016. Lorsque nous nous sommes revus à l'heure du midi, ma femme me racontait à quel point le fait de compter sur la nouvelle interprète dont les connaissances linguistiques la rendaient encore moins confiante que celles de ses interprètes précédents la dérangeait. Elle dit en plaisantant que si elle n’aurait pas à compté sur l’interprète, elle l’aurait giflée. Elle craignait que la mauvaise interprétation ne conduise le membre de la DIA à se prononcer en faveur de la ministre à la suite d’un malentendu. Quand j’ai vu sa conseille, elle aussi exprima son inquiétude mais ne pouvait pas expliquer clairement ce qui la gênait comme si l’audience la déroutait.


Après que je rentrai dans la salle pour témoigner l'après-midi, le juge me posait quelques questions. Il parlait dans ce qui me semblait être un anglais langue maternelle ou quasi-maternelle, ce qui me rassura un peu car c'était la langue de l'audience. Cependant, mon assurance se dissipa assez rapidement.


La première question portait sur la raison pour laquelle je croyais dans l’innocence de ma femme quant à l’accusation portée contre elle. Comme j'avais déjà fourni un affidavit narratif, la conseille de ma femme m'avait prévenu d'analyser les rapports et je ne voulais pas insulter l'intelligence du juge en analysant ou en répétant ce qu'il pouvait lire lui-même, la seule réponse à laquelle je pouvais penser en ce moment était d’ajouter que ma connaissance du caractère de ma femme me faisait croire en son innocence de l'accusation portée contre elle.


Il commenta ensuite le manque de connaissances d’anglais de ma femme. J’expliquai en plaisantant que je connaissais peut-être trop bien sa langue. Il posa ensuite des questions sur mes modes de transport courants. Le fait que je pouvais comprendre ni la pertinence des questions au cas présent ni ce qu'il comptait en découvrir me mettait mal à l'aise.