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On trouvera ci-dessous un texte de Victor Corneille concernant la corruption d’une déclaration de son épouse par l’interprète lors de sa première audience d’admissibilité :


La conseille de ma femme nous avait apprit qu’une interprète lors de l’audience d’admissibilité avait apparemment délibérément altéré une déclaration mal exprimée de ma femme en faveur de celle-ci.


À la page 63 de la transcription de l'audience, le conseil du ministre demanda à ma femme :


« Do you remember if there was a bathroom on the first floor, on the main floor? »


(« Vous souvenez-vous s'il y avait une salle de bain au premier étage, au rez-de-chaussée ? »)


L’interprète donna la réponse de ma femme comme suit :


« They said that there’s a bathroom, it’s very… it’s not very clean. »


(« Ils ont dit qu’il y avait une salle de bain, elle est très… elle n’est pas très propre. »)


Selon la conseille de ma femme, ma femme déclara que c’était pour les invités. Étant donné que ces deux phrases ne sonnent pas pareils et qu’elles sont grammaticalement et lexicalement simples en chinois, il est difficile de croire qu’il s’agissait d’une simple interprétation erronée. Bien que cela ait pu être une erreur innocente en raison de l’immédiateté de la tâche et de la possibilité de fatigue mentale liée à la nature du travail (et aggravée par le mauvais anglais à partir duquel l’interprète devait souvent interpréter), il est quand même peu probable que ce soit le cas.


Je demandai à ma femme ce qu'il en était et sa réponse qu’elle se soit tout simplement mal exprimée à cause du stress me satisfaisait. Je peux comprendre que le fait de juger selon la prépondérance des probabilités lors d’un procès accusatoire britannique, dans lequel la conseille du ministre essayait activement de supprimer certaines preuves qu’elle aurait dû pouvoir présenter assez facilement, par l’intermédiaire d’un interprète, puisse causer du stress. J’acceptai la logique de son explication à la lumière des autres preuves à lesquelles j’avais accès.


Le 22 janvier 2016, ayant peu de doutes de l'innocence de ma femme quant à l'accusation portée contre elle mais gênée par le principe de cette mauvaise interprétation, j’envoyai un courriel à la conseille du ministre. Comme c'était un message coléreux, je ne le partagerai pas ici. La colère découlait de ce que je percevais maintenant comme un niveau d'incompétence choquant dans tout le système jusqu'à ce moment-là pour ensuite apprendre que nous ne pouvions pas compter sur l'interprétation non plus.


J’appelai ensuite la CISR à ce sujet, et la personne qui répondit m’expliqua qu’à moins qu’un des partis impliqués fasse une demande formelle pour qu’on revoie l’interprétation, on ne la revoie normalement pas. La personne ajouta que car la CISR choisit les interprètes, on peut faire confiance à l’objectivité de ceux-ci. La CISR n’est-elle pas au courant des facteurs qui pourraient motiver un interprète à altérer même de façon altruiste une déclaration en faveur d'un accusé sans s’attendre au moindre pot-de-vin en retour ?