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Victor Corneille présenta le narratif suivant de ses propres observations de l’audience de la cour fédérale et la décision du juge :


À l’audience fédérale, je ne payais pas attention à tout ce qu’on disait car j’en avais déjà beaucoup entendu parler auparavant ; mais certains points me frappaient. Je trouvais ironique que la conseille du prétendu Ministre de la sécurité publique et de la protection civile soutienne que vendre du sexe n’est pas différent que préparer un repas en échange d’un paiement alors que la conseille de ma femme affirmait avec force que, selon l’ONU, vendre du sexe n’est pas un travail mais une forme d'exploitation souvent liée au trafic d’êtres humains et à d'autres crimes. Si je n’avais pas su mieux, j’aurais pu croire que les conseilles avaient changé de rôle.


À un moment donné, la conseille du ministre se référa à ma réponse à l’audience de la SAI pour montrer que la seule raison pour laquelle je croyais en l’innocence de ma femme était ma conviction en son caractère. La conseille de ma femme lui rappela que j’avais expliqué mes raisons dans mes affidavits aussi.


Peut-être l’échange le plus notable de l’audience était lorsque la conseille de ma femme expliqua que le policier n’avait qu’a recueillir une déclaration de l’homme dans la pièce. Le juge demanda dans ce que j’entendais être un ton un peu condescendant, si la conseille de ma femme croyait sincèrement que le policier n’avait qu’à demander à l’homme ce qu’il fit et vu et que cet homme aurait avoué facilement.


La conseille de ma femme rappela au juge que non seulement elle croyait que cela pouvait arriver, mais que c’était bien arrivé, si l’on en croit le rapport policier, lorsque l’autre policier l’avait demandé à l’homme de l’autre pièce. J’aurais ajouté que si le juge ne pouvait faire confiance au rapport policer sur ce point-là, sur quelle base lui faisait-il confiance sur tout autre point.


En fin de compte, le juge fédéral décida que :


‘The issue is not whether [Ms. Ng] was working. The issue is whether it was unreasonable for the IAD to decide that she was. This Court is not the trier of fact.’


(« La question n'est pas de savoir si [Mme Ng] travaillait. La question est de savoir s'il était déraisonnable pour la SAI de décider qu'elle travaillait. Cette cour n’est pas le juge des faits. »)


À partir de là, il conclu que cela n’était pas déraisonnable sur la base des preuves disponibles. Je conviens en principe qu’on ne peut prouver l'une ou l'autre de ces déclarations avec une certitude absolue, que les deux sont plausible et que la SAI n'avait probablement pas le mandat de considérer l'impact que sa décision pourrait avoir sur la sécurité publique. Si un juge est mandaté pour décider selon la prépondérance des probabilités, non pas sur la preuve que le conseil du ministre aurait raisonnablement pu être en mesure de présenter dans les circonstances, mais plutôt sur la preuve qu'il aurait choisi de présenter sans examiner aucun motif pour ne présenter aucune autre preuve facilement accessible, je suis en fait d’accord avec la décision de la SAI. Si nous ne tenons pas compte de ce qui aurait pu motiver le conseil du ministre à refuser de présenter des preuves facilement accessibles et ne faisons que regarder les faits présentés, ma femme pourrait alors paraître coupable d’un point de vue strictement judiciaire.


D'un point de vue législatif, toutefois, ne pas obliger un juge à examiner le motif possible pour ne pas présenter une preuve facilement accessible risque de compromettre la sécurité publique. Si un policier ou un agent de l'ASFC sait qu'un étranger doit être jugé selon la prépondérance des probabilités, sur la base non pas de la preuve que le conseil du ministre aurait dû raisonnablement pouvoir présenter dans les circonstances, mais uniquement de ce qu'il choisi de présenter, cela crée une motivation pour un enquêteur de crime majeur de cesser d'enquêter dès qu'il découvre un ressortissant étranger au cours d'une enquête criminelle si ce ressortissant paraît coupable à première vue d’avoir enfreint la loi sur l’immigration.


Le système accusatoire britannique et la prépondérance des probabilités font que la présence d'un ressortissant étranger sur le lieu d'un crime présumé risque de compromettre gravement toute enquête criminelle au Canada : elle incite un enquêteur de crime majeur à abandonner l'enquête criminelle au profit d'une accusation civile contre un ressortissant étranger d’avoir enfreint la loi sur l’immigration selon la prépondérance des probabilités pour laquelle les exigences en matière de collecte des preuves d’une enquête pénale ne sont tout simplement pas applicables. Le cas de ma femme en est un exemple : après que le policier réalisa que ma femme n’était pas canadienne, il ne recueillit même pas une déclaration de l’homme dans la chambre. Pourtant, il prétendait enquêter sur la possibilité qu’on trafiquait ma femme.