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À l'étranger en 2015, j'ai dû réinitialiser mon téléphone en raison d'un dysfonctionnement. Quand je suis rentré à l'aéroport de retour au Canada, je faisais l'objet d'une enquête pour pornographie juvénile. J’appris environ une semaine plus tard que de l’humidité était entrée dans le téléphone ; mais comme je n’étais pas au courant de cela quand je suis entré au Canada, je ne pouvais pas donner d’explication rationnelle à ce moment-là. Après avoir regardé quelques programmes de l’ASFC en ligne dans le passé, je m’y attendais et je plaisantai même à l’officier qu’il allait probablement enquêter sur mon téléphone pour acte criminel parce que je l’avais réinitialisé si tôt avant mon arrivée.


Pendant que j'attendais, je voyais une autre agente de l'ASFC demander à un voyageur chinois s'il célébrait Noël. Le voyageur dit qu'il le célébrait. L’agente lui demanda ensuite pourquoi il ne serait pas avec sa famille en Chine pour Noël et il lui expliqua donc que sa famille le célébrait quand elle le pouvait mais que ce n’était pas si important que ça pour elle.


L'agente souligna ce qu'elle interprétait être une contradiction de la part du voyageur. L'interprète l’interrompu ensuite pour lui expliquer que pour de nombreux chinois, Noël était comme l’halloween pour de nombreux canadiens : amusant mais pas essentiel. L’agente dit à l’interprète pendant que d’autres agents les observaient passivement qu’elle était l’interprète et qu’elle devait donc juste interpréter. Comme aucun autre officier présent n’intervenait au nom de l’observation rationnelle de l’interprète, je me suis demandé si je devais le faire. Comme je faisais moi-même l'objet d'une enquête et je connaissais déjà le pouvoir d'un agent de l'ASFC de m'arrêter ou de refuser l'entrée à ma femme sans motif raisonnable, je craignais d’intervenir devant ce qui me semblait être une agente irrationnelle de l'ASFC.


Nous pouvons facilement comprendre comment, lorsqu’un officier interrogera un voyageur concernant Noël ou quelque autre sujet dont la réponse pourrait être mal interprétée de manière ethnocentrique, cet interprète pourrait être tenté de corrompre l’interprétation au profit du voyageur afin de contrecarrer une injustice réelle ou perçue de la part de l'agent. Cela doit conduire des interprètes à se faire prendre dans leurs mensonges de temps en temps et ainsi nourrir davantage les préjugés des agents et dégrader les relations agent-interprète et la sécurité publique et la justice par conséquence. Car les interprètes qualifiés sont une ressource précieuse, l'ASFC pourrait choisir de garder un interprète pris dans un mensonge de peur qu'un interprète encore moins qualifié puisse le remplacer, surtout si les agents de l'ASFC acceptent le préjugé que tous les interprètes sont également malhonnêtes quand-même. Comment était la relation entre l’agente de l’ASFC qui interrogea ma femme et son interprète ?


Quelques semaines après la décision faite contre ma femme, une agente de l’ASFC me téléphona au sujet d’une amie de ma femme qui venait nous rendre visite. Car l’agente me réveilla de mon sommeil, je répondis en chinois par habitude à un numéro que je ne connaissais pas car je possède un cercle d'amis sinophones au Canada. En plus de cela, ma femme voyageait alors à l'extérieur de la ville pour rencontrer son amie à l'aéroport avec l'intention de lui montrer une autre ville.


L'agente demanda pour moi en anglais et je répondis en anglais que j'étais la personne qu'elle cherchait. Elle me demanda si j'étais au courant qu'une amie de ma femme venait visiter le Canada, ce qu'elle comptait faire au Canada, pourquoi elle était venue à un aéroport différent de celui de notre ville de résidence, comment ma femme allait la rencontrer, et si elle était mariée. Je répondis à toutes les questions sauf si elle était mariée puisque je n’en connaissais pas la réponse. J’expliquai que ma femme voulait montrer l’autre ville à son amie pendant un ou deux jours avant de la ramener à la notre.


L’agente me demanda pourquoi je répondis en chinois. J’expliquai que je connaissais le chinois.


Elle commençait ensuite à m'interroger sur ma nationalité, comment j’acquis la nationalité canadienne, où et comment j'avais rencontré ma femme, le statut de ma femme au Canada, si ma femme travaillait au Canada et si ma femme et moi vivions ensemble et avaient des enfants. Bien que je répondis à ses questions, je ne comprenais pas leur pertinence par rapport à ce que l’agente cherchait à savoir. Avec le recul, j’aurais peut-être dû passer au français simplement pour « prouver » mes appartenances ethniques « canadiennes » afin de compenser le « crime » d’avoir initialement répondu dans une langue officieuse.


L'agente me remercia ensuite et me dit qu'elle me rappellerait si elle avait d'autres questions. En fin de compte, l'agente ne m'a jamais rappelé mais ma femme m'appela pour me dire qu'une agente de l'ASFC l'avait contactée pour lui demander de la rencontrer avant qu’elle puisse laisser l’amie de ma femme quitter la zone d'arrivée. En raison des questions apparemment préjugées de l’agente même au sujet de ma propre nationalité apparemment en raison de la langue dans laquelle j’avais répondu à mon téléphone, je pensais qu’il était trop risqué pour ma femme de retrouver son amie à l’aéroport. J’expliquai cela à ma femme et elle accepta et décida de laisser son amie être retournée. Nous craignions que l’agente pourrait mal interpréter une série de coïncidences innocentes telle que ma connaissance du chinois comme étant incriminante en quelque sorte et que ma femme elle-même pourrait être détenue et expulsée du Canada en raison de sa situation juridique déjà précaire peu de temps après qu'elle ait fait appel de la décision du premier tribunal d'appel. Par ce temps-là, mes expériences avec les institutions du gouvernement fédéral me rendirent extrêmement méfiant à l'égard de leur alphabétisation fonctionnelle sans parler de compétences supérieures.


Les interprètes aux aéroports doivent certainement être conscients des raisons absurdes sur lesquelles des agents de l'ASFC prennent leurs décisions. Certains de ces interprètes, tellement conditionnés et habitués de leur expérience de travail à l’aéroport, pourraient finir par travailler comme interprètes dans les salles d’audience, offrant ainsi un motif expérientiel supplémentaire pour corrompre, même a des fins strictement altruistes, une erreur commise par un accusé en sa faveur.