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Dans un article intitulé Quebec neo-Nazi speaks out about how he learned to hate minorities (comment un néonazi parle de comment il apprit a haïr les minorités) publié sur le site de la version anglaise de la SRC, nous lisons à partir d’une entrevue entre un producteur du « Sunday Edition » (Édition du dimanche) et son interviewé :


DG : Quand avez-vous commencé à devenir politique ?


MG : C'était en troisième secondaire, quand j'avais 14 ans. J'ai eu ce professeur. Il était génial. Il connaissait tout sur le français. Il était comme le dieu français. Et il avait cette façon d’enseigner que, vous savez, on avait l’impression qu’on pouvait réellement apprendre des choses en s’amusant. Mais il était aussi ouvertement nationaliste, un indépendantiste féroce.


En quatrième secondaire, j'étais vraiment déprimée… J'avais cette phase dépressive et beaucoup de questions qui l'accompagnaient. J'ai commencé à chercher des réponses et, en cinquième secondaire, il y avait ce cours d'histoire qui nous a amenés à étudier le XXe siècle.


Et, bien sûr, on ne peut pas vraiment parler du XXe siècle sans évoquer l'Allemagne nazie. Et donc j'ai fait un projet sur le NSDAP - en fait, leur plate-forme politique. Et comme j'étais très nationaliste, je pensais que nous pourrions peut-être les utiliser ici, dans notre projet d'indépendance.


Bien que lui et moi ayons reçu notre éducation publique dans différentes provinces, et même si nous aurions donc pu suivre un enseignement différent, je présume que les cours d’histoire à travers le Canada devraient présenter la notion de « deux peuples fondateurs » comme nécessaire pour comprendre la raison pour le système des écoles séparées catholiques et protestantes et les politiques d’anglais et de français qui sont enchâssées dans notre constitution ; et bien que nous ayons tous deux réagi différemment à cette éducation, nos réactions partagent un point commun : une compréhension consciente ou autre de l’ethnocentricité de l’éducation que nous avons reçue. Je peux imaginer que, bien que les professeurs d'histoire protestant anglophones, catholiques francophones et ojibwas et sinophones non chrétiens aient tous besoin d'enseigner ce concept, ils l'enseigneront probablement différemment avec les deux premiers le louant et le deux dernier le présentant sous un angle plus critique, même si je reconnais que même cette présomption révèle mes propres préjugés. Nous sommes tenus de réagir à la manière laudative ou critique avec laquelle l'enseignant enseigne le contenu. J'imagine que l'identité ethnique de l'enfant pourrait également influencer sa compréhension de cette notion.


Conscient de la façon dont le professeur d'histoire à mon école secondaire louait activement l'idée de « deux peuples fondateurs » en tant que fondement idéologique sur lequel le système des écoles séparées et le bilinguisme officiel ont été développés (et probablement plus intensément dans mon cas que dans la plupart des cas car je fréquentait des écoles francophones catholiques au Canada anglais), que le membre du tribunal à l’audience de ma femme avait probablement suivi la même formation que moi au secondaire et pouvait consciemment ou non adhérer à cette idéologie, que ma femme n’appartenait évidemment pas aux « deux peuples fondateurs » tels que définis dans le rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, que les commissions scolaires francophones minoritaires du Canada s’engagent systématiquement dans la construction identitaire, que le membre parlait avec un accent français et que ma femme ne jouissait pas du droit d'être présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie hors de tout doute raisonnable, je répondis au téléphone en français pour participer à l’audience de cautionnement de ma femme de peur que je ne provoque un sentiment anglophobe possible de la part du membre de la CISR. Avant d’avoir atteint l’âge de huit ans, je connaissais déjà deux groupes d’enfants où j’avais grandi : les « French fries » [ou les frites (françaises)] (à laquelle j’appartenais) et les muffins anglais. Je suppose que nous l’avions appris des adultes. De qui les adultes l’avaient-ils appris ?


Le membre du tribunal me demanda aimablement en anglais que je réponde en anglais car une interprétation était déjà assurée entre l'anglais et le chinois. Étant donné le climat ethnolinguistique politiquement chargé du Canada, je ne voulais pas discuter d’un droit constitutionnel hypothétique au service en français devant un membre qui devait se prononcer selon la prépondérance des probabilités.


Mon éducation dans les écoles publiques m'avait motivé à lire le livre I du rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Un paragraphe de ce livre qui me frappa est l'introduction générale, paragraphe 21 :


« Signalons dès à présent que la Commission n'étudiera pas la question des Indiens et des Esquimaux. De fait, son mandat ne contient aucune référence aux populations indigènes du Canada. S'il fait état de deux peuples fondateurs, c'est-à-dire les Canadiens d'origines britannique et française qui ont fondé la Confédération, et des autres groupes ethniques, il ne mentionne ni les Esquimaux ni les Indiens. Ceux-ci ne sont pas visés par la partie du mandat qui porte sur les peuples fondateurs. Il aurait donc fallu les inclure dans les autres groupes ethniques. Or il est évident que l'expression « autres groupes ethniques » désigne les hommes de diverses origines qui sont arrivés au Canada pendant ou après la fondation de l’État canadien actuel, et qu'elle ne rejoint pas les premiers occupants de notre pays. »


Un autre paragraphe qui me frappe est le livre 19, chapitre 1 du livre 1 :


« Néanmoins, comme nous l'avons déjà souligné, il existe bel et bien une culture britannique et une culture française. Bien sur, on ne constate pas entre elles de différences aussi grandes que si on les comparait à l'une des nombreuses civilisations d'Asie ou d’Afrique. Au Canada, les anglophones et les francophones ont sensiblement les mêmes coutumes, pour ce qui est du vêtement, des maisons et des outils. Ils se ressemblent beaucoup par leur comportement en société; les deux groupes professent des religions communes et participent au même patrimoine de connaissances. Ils ont aussi en commun, à des degrés divers, le mode de vie nord-américain. En revanche, les cultures anglaise et française se distinguent par nombre d'aspects importants, dont les modes de vie et de pensée. »


Ma lecture de ce livre a affecté ma perception de l’objectivité ethnique de toute personne qui devrait louer ou défendre la Commission qui l’a publié, son rapport ou les dispositions juridiques et constitutionnelles qui en découlent. Alors qu’un particulier ou un homme politique choisit librement de les louer ou de les défendre, le membre d’un tribunal se trouve dans la position unique d’être constitutionnellement tenu de respecter au moins les dispositions légales et constitutionnelles qui en découlent et n’a pas le choix en la matière. Cependant, une simple prise de conscience des racines ethnocentriques de ces dispositions juridiques et constitutionnelles peut, paradoxalement, nourrir des préjugés contre l'objectivité ethnique de tout membre du tribunal susceptible d'appartenir à l'un des « deux peuples fondateurs ». À l'audience de caution de ma femme, je reconnus rapidement mon préjugé à cet égard et en ai identifié la source possible à mon éducation dans une école publique.


Si mon éducation dans les écoles publiques m’avait motivé à lire le livre I de ce rapport, combien d’autres l’ont lu ; et comment cela aurait-il pu affecter leurs préjugés conscients ou inconscients contre toute personne qui devrait défendre, par choix libre ou autre, les dispositions juridiques et constitutionnelles découlant des recommandations de ce livre ? Même ma femme connaissait assez bien le Canada pour me dire que, si je devais comparaître à l'audience, je devrais m’adresser en français au membre de la CISR jusqu'à ce qu'il me demande de le faire en anglais. On peut se demander comment un ressortissant étranger essentiellement non anglophone (et particulièrement qui courtisait un canadien francophone minoritaire) aurait pu acquérir cette conviction moins d'un an après sa résidence initiale dans une ville à prédominance anglophone, dans une province canadienne dont l'anglais est la seule langue de travail, sans avoir jamais résidé dans une ville ou une province francophone avant de donner ce conseil.


Bien que j'accorde que ma propre connaissance de plus d'une langue officieuse fait de moi un canadien français atypique qui aurait pu influencer ses convictions dans cette direction sans que je reconnaisse ma propre influence sur elles (et j'accorde aussi le fait que sa propre éducation publique ait pu influencer ses croyances sur le Canada encore plus que moi), on peut alors se demander comment l'expérience allophone au Canada peut influencer la perception d'un allophone des autres Canadiens anglais et français. Je reconnais que certains de mes propres préjugés contre certains de mes propres concitoyens, inculqués par ma réaction contre la promotion de la notion de « deux peuples fondateurs » que mon professeur m'avait enseigné à l'école publique, auraient pu se propager à ma femme aussi. L’éducation publique de ma femme à l’étranger lui faisait croire, du moins dans un sens, que les seuls « vrais » canadiens sont les peuples autochtones du Canada. Plus récemment, j’ouïs ma femme me qualifier de canadien français et de descendant d’une ancienne ethnie migrante au Canada et que, tout comme la Chine, le Canada comprend également plusieurs nations autochtones. Elle ne l’avait pas dit de façon malveillante. Elle révélait tout simplement comment elle comprenait l'histoire du Canada en se fondant sur ce qu'elle lit dans les livres d’histoire. Ces propos ne me gênaient pas car j’accepte, au moins si on rejette le mythe de « deux peuples fondateurs », qu’on peut comprendre l’histoire du Canada comme l’histoire d’une migration continue. Les peuples autochtones de l’Amérique développèrent des langues auxiliaires internationales (comme le chinook qui domina la côte ouest jusqu'à aussi récemment qu’à la fin du XIXème siècle) pour communiquer entre eux, se mariaient entre eux et se confédéraient comme l’avait faite la confédération des six nations même avant que la France conquit l’Amérique. Les peuples autochtones de l’Amérique avaient peut-être une vision du monde plus cosmopolite que leurs homologues anglais et français. Nous remarquons ça surtout dans l’accent extrême que le premier livre de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme met sur le compartimentage sur la base de l’ethnicité aussi récemment que dans les années soixante.


Il est rationnel de conclure qu'un interprète qui fit ses études secondaires au Canada (et même tout interprète conscient du contenu idéologique du système d'éducation publique canadien) aurait probablement appris l'existence de l'idéologie de « deux peuples fondateurs » de ses amis, ses collègues, les livres ou les films entre autres. On peut aussi imaginer comment un interprète qui apprend l'histoire du colonialisme canadien dans une école publique à l'étranger ou de ses parents qui reçurent leur éducation publique à l'étranger peut réagir dès qu'il rencontre la notion de « deux peuples fondateurs » dans laquelle plusieurs canadiens anglais et français croient encore aujourd’hui. En outre, il saurait que le membre du tribunal aurait reçu la même éducation au premier cycle du secondaire et aurait donc pu en subir les conséquences préjudiciables, qu'il aurait pu s'identifier aux « deux peuples fondateurs » à lesquelles ma femme n'appartenait évidemment pas et qui avait donc un autre motif, conscient ou autre, de corrompre une parole erronée de sa part en sa faveur afin de contrebalancer une injustice réelle ou perçue à laquelle le système d'écoles publiques aurait pu contribuer.