©2019 by La Nation française du Canada. Proudly created with Wix.com

Le Conseil des écoles catholiques de langue française flotte (ou flottait) un drapeau franco-ontarien quelques fois plus grand que l’unifolié flottant à côté et hissé sur un mât quelques fois plus grand aussi. Avant que quiconque s'offusque de cela, nous devons comprendre que le drapeau franco-ontarien représente une communauté de personnes qui partagent une langue commune alors que le drapeau du Canada représente une communauté de personnes qui habitent le même territoire mais ne partagent pas nécessairement une même langue.
Un canadien anglophone unilingue pourrait ne pas avoir un seul ami canadien unilingue francophone ou locuteur de l’inuktitut même s'il vit dans la même communauté locale ; et même s’il en a, la relation ne va probablement pas au-delà de l’échange de salutations amicales. Ce même canadien anglophone unilingue pourrait avoir d'autres amis anglophones en ligne et or ligne, lire la littérature et consommer d'autres médias anglophones du monde entier. Il en sait peut-être plus sur le monde anglophone que sur le Québec et le Nunavut et les trouve donc plus familiers. Il pourrait se sentir mal à l'aise lors d'un dîner avec ses beaux-parents canadiens francophones unilingues ou locuteurs de l’inuktitut s'il en a et préférerait donc dîner avec ses amis étrangers anglophones et ses connaissances du monde entier avec qui il pourrait participer à une conversation de niveau supérieur. S'il avait le choix entre un canadien francophone unilingue ou un locuteur de l’inuktitut ou un étranger anglophone, tout autre facteur étant égale, comme époux pour sa fille, il préférerait probablement l'étranger anglophone. Il pourrait aussi ressentir des liens culturels plus forts avec les autres pays anglophones du monde qu'avec le Québec ou le Nunavut. Il pourrait par exemple juxtaposer un drapeau canadien avec un Union Jack sur sa moto mais ne le présenterait probablement jamais avec un drapeau français. Pourtant, le drapeau acadien ressemble beaucoup au drapeau républicain. Le canadien francophone unilingue ressentirait probablement un lien culturel plus étroit avec les francophones de France, de la Suisse et de la Belgique et le canadien unilingue parlant l'inuktitut avec les Inuits du Groenland qu'avec les anglophones du Canada.
On peut déduire de ce qui précède que, lorsqu'un canadien anglais parle de manière euphémique d’identité et de valeurs « canadiennes », il entend en réalité l’identité et les valeurs anglo-canadiennes. Nous pourrions aller encore plus loin. Si les anglo-canadiens partagent plus de liens communs avec les américains, les australiens, les britanniques, les irlandais, les néo-zélandais et les sud-africains anglophones qu’avec des locuteurs unilingues de l'inuktitut (et nous présumons que de nombreux locuteurs unilingues de l’inuktitut partagent probablement plus de liens communs avec de nombreux groenlandais qu'avec les anglophones ou les francophones qu’ils pourraient pratiquement percevoir comme des étrangers au moins sur le plan linguistique), alors nous pourrions conclure que par « canadien », nous ne voulons même pas dire « anglo-canadien » mais plutôt « anglophone », « canadien » servant d'identité résidentielle légale et géographique plus secondaire.
Compte tenu de ce qui précède, nous devons conclure que l’identité de la plupart des canadiens est d’abord et avant tout une identité linguistique (même si inconsciemment) et non pas géographique, la nationalité n’ayant que des conséquences rhétoriques et juridiques. Un francophone bilingue en français et en espéranto ressentirait nécessairement plus de liens culturels avec d’autres espérantistes du monde qu’avec un anglophone unilingue avec lequel il ne peut pas communiquer. Un anglophone bilingue en anglais et en indonésien ressentirait nécessairement plus de liens avec d’autres locuteurs de l’indonésien partout dans le monde qu’avec un francophone unilingue du Québec.