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(pseudonyme)

Je suis dans un mariage linguistiquement exogame de deuxième génération : même s'ils parlaient chacun une langue officielle du Canada, mon grand-père unilingue ne partage aucune langue commune avec ma mère unilingue ; et même si mon mari et mon père partagent cinq langues entre eux, ils ne partagent aucune langue commune hormis un minimum d’anglais, quatrième langue de mon mari. Mon mari et moi partageons six langues mais une seule langue commune ainsi qu’un minimum d’anglais entre nous, bien que nous n'utilisons presque jamais son anglais entre nous parce que nous pouvons converser en chinois oral ou romanisé (et plus rarement en idéogrammes fondamentaux) beaucoup plus aisément que nous ne le puissions en anglais.


À un moment donné, je souhaitais étudier l'éducation et la linguistique appliquée pour devenir une enseignante de langue seconde dans une école publique, mais je me sentais mal à l'aise de penser que je perdrais le temps de la grande majorité de mes élèves dans un cours qu’on leurs obligerait de prendre. J'étais déjà au courant de l'échec lamentable du système à cet égard.


Ayant subi la construction identitaire linguistique à une école de langue française minoritaire alors que j'étais enfant, je peux m'identifier aux préjugés révélés dans la réaction de Victor Corneille face à l'accent français du membre du tribunal lors de l'audition de son épouse. Je ne peux pas garantir que j'aurais réagi différemment dans les circonstances. J'appartenais aux « frites françaises » moi aussi quand j'étais enfant malgré mon éducation exogame et j'étais parfaitement consciente de la division entre nous et les « muffins anglais » locaux. Je présume que l’environnement éducatif et social ethno-politique canadien nous avait introduits à cette division.


Mon expérience de la construction identitaire linguistique dans les écoles publiques m’amenait à me demander pourquoi la Charte canadienne des droits et libertés reconnaissait l'anglais et le français et les écoles catholiques et protestantes séparées mais pas une langue des signes, une langue autochtone ou une école publique juive. Les louanges au moins implicites du bilinguisme officiel et du système d’écoles séparées et sa critique explicite du système des pensionnats indiens et de la Loi de l’immigration chinoise de 1885 dans mon manuel scolaire, combinés avec ma perception que tout ça était érigé sur le même fondement idéologique, semblaient contradictoires à mon esprit. Cette perception m’amenait finalement à apprendre l'espéranto peu après la première fois que j’avais quitté mes parents. Si j’aurais emprunté pour l'université, j'aurais quand-même appris l'espéranto de toute façon, mais je n'aurais probablement jamais fini par apprendre le chinois.